CultureS Shanghai

CultureS Shanghai Août 2020

CultureS Shanghai Août 2020

CultureS Shanghai

Août 2020...Le calendrier des saisons en Chine, nous indique que l’automne débutera le 7 août ou « LìQiū » (立秋), en attendant nous vivons le « DaShu » ou « Grand été » ! Grand, je ne sais, mais spécial oui il l’est, puisque cet été sera… shanghaïen, pour la plupart des familles francophones qui migraient habituellement sous d’autres cieux, afin de retrouver proches ou Lǎojiā, le temps des vacances.

Pourtant, s’il y a bien tristesse et frustration pour beaucoup, le vécu de cette crise sanitaire sans précédent, a fait naître dans nos relations avec nos amis français, chinois, étrangers, une intensité particulière. Nous sommes-nous imprégnés du concept très chinois lié au caractère « Jī »机, présent à la fois dans « weī jī  »危机 : la crise, le danger et dans « jī huì » 机会 l’opportunité ?

Notre vie sociale s’est trouvée alors décuplée, favorisant les opportunités de se retrouver, de ressentir la joie d’être ensemble, l’importance du moment présent et la conscience de se sentir V.I.V.A.N.T, parfois au travers d’un lieu artistique partagé, de la musique, de la danse...

PEINTURE-SCULPTURE

« Wandering » par Wensen Qi.

Jusqu’au 31 août 2020 ! Galerie Dumonteil, du mardi au dimanche de 11h à 19h.
Adresse : Yong Ping Lane, 199 Hengshan Road (衡山路199号永平里105栋).
Métro  : Ligne 1, St. Hengshan road, sortie 4
Tel :+86 21 6418 6367 ; Contact : shanghai@dumonteil.com
Site : http://www.dumonteil.com
(Crédit photo : B. Maugein sauf photo galerie et affiche)

Depuis 2017, la galerie Dumonteil, a trouvé sa place dans la « Yong Ping Lane », espace protégé et vivant, entre la Hengshan lu et la Yongjia lu.
Arrivée en 2008 à Shanghai, cette dernière localisation dans un bâtiment des années 30, prend tout son sens, quand on sait que son fondateur Pierre Dumonteil avait fait le choix il y a 36 ans à Paris, de remettre en lumière des artistes et sculpteurs de ces mêmes années.
La galerie de 300 m2, divisée en 3 parties dont un espace bibliothèque, accueille peintres et sculpteurs d’aujourd’hui, même si vous trouverez quelques représentations animalières, son ADN original.

Elle présente actuellement Wensen Qi, artiste français au parcours et à l’univers étonnants, qui fut une belle rencontre, lors de l’inauguration du nouvel espace, en 2017.

Né Vincent (« Wensen ») Cazeneuve, à Toulouse en 1977, il est restaurateur de laques anciens et décide de partir à la découverte de la Chine en 2007. De retour en France, il p...laque tout pour repartir vivre à Chongqing, Beijing, Hangzhou, afin d’apprendre des maîtres laqueurs, dans les Instituts des beaux-arts.

Petit rappel : « une laque », substance issue de la sève toxique d’arbuste comme le sumac, se retrouve sur « un laque », l’objet d’art.,
L’histoire de la laque s’inscrit dans celle de la Chine, depuis plus de 3000 ans.
On en retrouve par exemple sur le site exceptionnel des sépultures Han de Mawangdui, dans la province du Hunan.
La prestigieuse dynastie Tang, accélérera sa diffusion au Japon et au Vietnam.
Elle permet brillance et protection aux meubles et objets précieux.
Contrairement à la peinture, elle est lisse et sans relief.

Wensen Qi reprend dans ses œuvres, les techniques appliquées de manière ancestrale, sur les meubles et les objets. Mais il va bien plus loin, en produisant les matériaux nécessaires à l’élaboration de ses œuvres, depuis 11 ans, cultivant bambou ou coton qu’il file et tisse, avant de les utiliser.
Il va dans le même esprit, rencontrer ceux qui produisent la laque, loin de la ville tentaculaire, aux abords de laquelle il vit et travaille, Chongqing (voir le reportage « Lacquer Man » de Arjarn Jin, sur place). Il rencontre aussi ceux qui travaillent le bambou, afin de comprendre les propriétés et les limites des matériaux qu’il choisit.
Il le sait, l’équilibre est fragile entre le contrôle qu’impose l’artiste au matériau et celui de ce dernier. Et l’artiste n’est pas toujours le Maître !

Cette démarche que l’on retrouve dans la nouvelle génération d’artistes, nous rappelle que la Chine dans son histoire, n’a jamais mis de frontière entre l’Art et l’Artisanat…

Technique  : Elle est multiple et dépend bien sûr du matériau choisi, mais la laque a une place majeure dans l’univers de Wensen Qi.
Sur une base de terre ou de bois, il pose une multitude de toiles de coton qu’il a tissées le plus souvent (usage de sacs de riz parfois) puis « enlaquées ». Parfois une quarantaine.
Des couches de finition termineront le long processus. Stratification, érosion, ponçage modifieront chacune d’entre elles.

Notons le rejet de matériaux froids, comme l’acier ou la pierre.
La technique rappelle celle de la statuaire bouddhique, à ses origines, où étaient associées terre et toile imprégnée de laque.

Avec le confinement imposé par la crise sanitaire, l’artiste vient à bout de son stock de laque. Il décide alors de reprendre ses expérimentations sur le bambou et notamment le « Moso », très dur mais dont il va utiliser les nombreux nœuds, pour donner un rythme, sur la portée imaginaire de son tressage.

Dans la plus grande œuvre, une succession de caractères imaginaires, est dessinée avec un pinceau en queue de buffle, sur un support de toiles de coton tissées et « enlaquées », le tout encadré par du bois sur la partie supérieure et inférieure.
Un rehaut or des caractères, finit la pièce qui a demandé 6 mois de travail. Sa taille contribue à son impact visuel harmonieux et mystérieux.

L’utilisation de feuilles d’or, rappelle que ce métal fut considéré comme le plus précieux par la plupart des civilisations. Il est associé à l’astre suprême et captant le regard, il donne une dimension différente à l’œuvre.

Mais Wensen Qi n’oublie pas la réalité et laisse le trou de souris de la toile d’un sac de riz utilisé et « enlaqué », au bas d’une pièce magnifiée par l’or et l’argent.

Le choix de matériaux naturels, le respect et la mise en valeur de leurs propriétés, sa vie dans une ferme au milieu des bambous et des champs, illustrent sans peine, son sentiment de faire partie d’un Tout, célébrant « l’essence de la nature et le cercle de la vie ». D’ailleurs à l’heure de l’interview, l’artiste attendait sous peu, la naissance de son 3ème enfant !

Vous ne trouverez aucun titre, ni aucun texte accompagnant les 15 œuvres de l’exposition, car Wensen Qi souhaite « laisser parler la matière et l’esthétisme ».
Les mots sont des outils qui ont leurs limites et interdisent d’entrevoir d’autres espaces possibles. Pourtant il les aime et au travers de livres ou de podcasts, continue d’apprendre dans des domaines très différents, comme la physique ou la philosophie.

Après l’exposition « The Enduring Practices of Lacquer  », à Shanghai (2018) et Paris (2019), cette nouvelle exposition « Wandering » rappelle le long parcours et les nombreuses expérimentations nécessaires (matières et esthétisme) à l’artiste, d’une manière générale, avant d’arriver à l’aboutissement de son travail.

Wensen Qi, Est et Crée le subtil mélange des cultures orientales et occidentales, mais aussi une rencontre dans le temps, avec sa vision contemporaine, d’un art-artisanat majeur, né en Chine, utilisant les laques.
On peut le dire et l’écrire : Wensen Qi c’est l’art et la manière…

MUSIQUE

Parce que vivre à l’étranger contribue à l’élargissement de nos horizons, parce que la Chine c’est aussi la richesse de ses ethnies, découvrons HangGai…

« Heading North » par le groupe HangGai .

Shanghai Poly Grand Theatre. Le 17 août 2020, 19h30
Adresse : 159 Baiyin Lu/ Yuanxianghu Lu (上海保利大剧院 白银路159号, 近远香湖路), Jiading.
Métro  : Ligne 11, station Baiyin road.
Tel :+86 21 6708 8666
Site : shpgt.polyt.cn
Prix  : 80 à 580 RMB
« HangGai » est une recommandation de Caroline dans « Dernier Cri »
Réservation : https://mp.weixin.qq.com/s/dDo_ngjaAGKTmA9GlzT6OQ

C’est au Shanghai Poly Grand Theatre que se produira le groupe HangGai.
Cet immense et bel espace culturel, l’un des plus importants de Shanghai, a été dessiné par Tadao Ando, célèbre architecte japonais ayant déjà œuvré ici.
Il a ouvert en 2014, au nord de Shanghai.

HangGai, n’est pas un groupe de musique émergent. Il a à son actif plus de 500 représentations, dans plus de 60 pays, sur 6 continents.
Il est symbole de mixité, tant par l’origine des 6 musiciens qui le composent que par la nature de sa musique. Créé en 2004 par le rockeur de Beijing Ilchi, les autres musiciens viennent eux, de Mongolie Intérieure, de Kokonuur (Qinghai).

Leur musique est le mélange improbable à l’origine, entre rock (IIchi vient du groupe punk T9) et… musique folk de Mongolie ! On parle de « World Fusion Music ».
Elle se traduit sur scène par des guitares (électrique et acoustique), basse, percussions, banjo et pour l’héritage mongol : morin khuur (instrument à 2 cordes appelé « vièle à tête de cheval »), tovshuur (luth à 2 cordes), guimbarde et percussions.

Les chants sont naturellement en khalkha (langue parlée par les peuples de culture mongole). La voix très gutturale par moment d’un des chanteurs, rappelle aussi celle des chants traditionnels.
Hanghai devient célèbre, en remportant la deuxième saison de « Sing My Song », l’équivalent chinois de The Voice.

Sur la partie rock, le leader IIchi, précise les influences des groupes ou artistes tels « Pink Floyd, Radiohead, Rage Against the Machine, Secret Machines, Electralane » et même Neil Diamond !
Cette modernité est complétée par l’apport du numérique.
Le groupe s’est produit en collaboration avec d’autres artistes à plusieurs reprises, comme Jike Junil, chanteuse pop chinoise ou le Shanghai Symphony orchestra à l’excellent MISA (Music In the Summer Air). Il bénéficie aussi du producteur légendaire, Bob Ezrin.

Si certains morceaux évoquent la nostalgie des grands espaces et la vie quotidienne, le côté sauvage revient vite au galop dans les morceaux suivants, pour cette culture où le cheval et la Mère-Nature sont encore tout.

La force, l’humilité et la poésie de leurs textes sont omniprésents.
Les titres de leurs chansons sont déjà une invitation au voyage.
« The Rising Sun » : https://www.youtube.com/watch?v=KhkeqeUX4tk
« The Vast Grassland » : https://www.youtube.com/watch?v=4nf1HKQNuQQ
Et celle dont la mélodie ne nous quittera plus « Xiger Xiger » :
https://www.youtube.com/watch?v=LjRskDUq_eM&feature=emb_rel_end :

Si vous doutiez de son côté rock, une des prestations de GanGai sur la chaine CCTV3, lors de l’émission-concours « Sing My Song » :
https://www.youtube.com/watch?v=UvW8JEuIo58&pbjreload=101

Ce pari de la fusion est gagnant, par ces créations énergisantes, authentiques, parfois mélancoliques. HanGai rappelle l’importance de porter en soi ses racines, même si leur expression peut être réinventée. HangGai conquiert ainsi un public international, grâce à sa musique puissante et une certaine universalité.

« … les prairies, les chameaux, les nuages et les montagnes…c’est ma terre qui me manque jour et nuit. Laissez-moi boire l’eau de source, compter les étoiles et regarder la terre. C’est la maison de mon âme… »

PHOTO

« Harvest/Hanging Fruit ».

M97 Shanghai (Gallery&Project Space), du mardi au dimanche 10h30-18h.
Adresse : 363 Changping lu/Shaanxi Bei lu, Bldg 4 2F Jing’an Qu.
(静安区昌平路363号4幢1楼/2楼). Métro : Ligne 7, St. Changping lu, sortie 2.
Tel  : 6266 1597 ; Site  : WWW.M97GALLERY.COM
Info : INFO@M97GALLERY.COM

Créée en 2006, cette galerie spécialisée dans les arts photographiques, resta 10 ans sur la Moganshan lu. Elle emménage en 2016, dans un ancien atelier réhabilité des années 40, du district de Jing’an. Elle se rapproche ainsi du centre névralgique de Shanghai.
Elle représente une trentaine d’artistes établis ou émergents, Chinois et internationaux. M97 présente des expositions collectives et deux expositions personnelles par an.

L’objectif de M97 Shanghai est de « promouvoir et développer l’appréciation de la photographie en tant qu’art moderne et contemporain en Chine. ».

Cette galerie a souffert bien sûr des effets de la crise sanitaire, comme tout le secteur de la culture, mais le choix d’un média exclusif et compliqué économiquement, celui de la photographie, qui la rend unique, (la galerie Beau Geste de Jean Loh n’existant plus), l’expose également plus. La galerie a donc réduit sa surface d’exposition aux espaces du 1er étage, mais elle reste une référence, par les photographes qu’elle représente.

Au 1er étage : Pour l’atteindre, entrez dans la lane, passez sous le porche et prenez l’escalier sur votre gauche. Vous trouverez un espace d’exposition, tout en longueur, au sol en béton ciré, une salle proposant des albums sur les artistes dont certains édités par M97 et un étonnant long passage sur le toit.

Son actualité :
« Harvest/Hanging Fruit » c’est l’exposition collective, même dans un espace réduit, de 12 photographes chinois et internationaux dignes d’intérêt. Ils présentent des regards et sensibilités extrêmement différents sur la Chine, au travers de ses paysages, ses villes, sa population ou son quotidien.

Ces photographes sont : Lin Zhipeng 223, Lois Conner, Liang Weizhou, Michael Wolf, Robert Van der Hilst, Adou, Luo Dan, Wang Ningde, Han Lei, Shan Feiming, Sun Yanchu, Huang Xiaoliang.

La photo sélectionnée pour chaque artiste de ce group show, ne peut représenter l’ensemble de son travail et son univers (comme Huang Xiaoliang). Regarder les albums dans l’espace dédié, permet d’approfondir la découverte.

Quelques-uns d’entre eux …

Lois Conner, photographe américaine, venue en 1984 faire des photos dans la province du Guangxi, est impressionnée par l’aspect surréaliste des paysages représentés depuis des siècles, dans la peinture classique chinoise.
On retrouve dans les clichés, sa préférence pour le panoramique, plus proche d’un format cinématographique, comme une histoire qu’elle nous raconte.
Elle apprend le mandarin en 1988 à l’Université de Beijing. Imprégnée par la culture chinoise, son regard s’affine et transforme la réalité. Dans une série par exemple, sur des lotus desséchés du lac de Hangzhou, ceux-ci deviennent autant de Hànzì « calligraphiés » à la surface de l’eau. Chaque année elle revient en Chine pour y puiser une nouvelle inspiration.

« Huangshan Anhui » est issue de sa série « 1984 » une sélection de photos de ses premiers voyages en Chine (Guangxi, Beijing, Huangshan). Paysages et visages d’une autre époque. Pour cette grande voyageuse, la photo « révèle sa relation entre le tangible et l’imaginaire, la réalité et la fiction ». Dans les scènes qu’elle photographie, l’Homme est le plus souvent représenté, comme n’étant qu’une composante de la Nature… Finalement ce qu’il est !
Il ne la maîtrise pas encore, ne la détourne pas autant à son seul avantage...
Lois Conner a exposé 2 fois en solo chez M97.

Huang Xiaoliang  : Ses propres mots traduisent assez bien l’ensemble de son travail sur les instants de vie quotidienne saisis : « Si nous pouvons assumer à la fois le rôle de spectateur et de participant, pour comprendre la vie de tous les jours, la « surprise » de la vie y réside et est en fait tout autour de nous. »

Michael Wolf, photographe allemand récemment décédé à l’âge de 65 ans, s’intéressait à l’univers des mégapoles comme New-York, Tokyo, Chicago mais surtout Hong-Kong où il vivait et où ses plans serrés de la ville verticale signaient la déshumanisation de ces espaces et le poids de l’environnement architectural sur les Hommes, de ces villes « code-barres ».

Les arrière-cours n’étaient pas oubliées.
Il jugeait aussi Paris, ironiquement de « ville-musée ».

Luo Dan  : photographe de 52 ans, né dans la mégapole de Chongqing, est diplômé de son prestigieux Institut des Beaux-Arts (1992).

C’est un artiste reconnu et récompensé entre autres du AAC (Art Award China en 2013). Son travail est représenté dans le « Phaidon’s The Photography Book » de 2015, parmi 550 images des meilleurs photographes du XIXe à aujourd’hui !
Il vit et travaille à Chengdu.

Robert van der Hilst est un photographe hollandais de 80 ans, dont la vie est un voyage perpétuel au sens propre. Amsterdam où il étudie la photographie, Paris, Toronto, les Amériques et la Chine etc. sont ses lieux de travail pour des magazines comme Géo ou Stern ou plus tard, pour une démarche plus artistique de sa photo.

Son travail illustre son héritage culturel des scènes de genre hollandaises du XVIIe, leur univers intime et leur lumière spécifique, ce qu’il revendique.
Il est le photographe du silence, de l’absence, de cette sobriété apparente occultant une réelle sophistication des scènes, de la lumière, des couleurs.

Touchée par les univers de Robert van der Hilst, Luo Dan, Michael Wolf et Wang Ningde

Théâtre

« Zut Alors !!! » par ZMACK Improv.

My Place Ruin Bar. Samedi 15 août à 20H.
Adresse  : 3/F, 1788 Xinzha Lu/ Jiaozhou Lu(新闸路1788号3楼, 近胶州路) Jing’an district. Métro : St. Changping road (Ligne 7, sortie 3) ou Jing’an temple (Lignes 2 ou 7, sortie 1).
Tel : 158 2121 8789 / 150 0190 9563
Prix : 88 rmb (entrée + boisson). Ticket sur place. Arriver 20’ avant.

Enfin le retour du théâtre francophone à Shanghai !
Comme on le sait, l’improvisation est exercice exigeant. Spectacle assuré par la première troupe d’improvisation à Shanghai. À ne pas manquer.

À bientôt...

Françoise Bourry-Maugein
culture@shanghai-accueil.com]]