CultureS Shanghai

CultureS Shanghai Février 2021

CultureS Shanghai Février 2021

CultureS Shanghai

Février 2021(*)... Nous vivions au rythme du soleil, depuis Grégoire XIII, mais parce que nous avons choisi la Chine qui préfère les équilibres yin-yang, la lune s’est invitée aussi dans notre calendrier, aux côtés de l’astre flamboyant.
Chaque année et jamais à la même date, puisque seuls les astres décident, les Chinois du monde fêtent le retour du Printemps. Mais cette année la crise sanitaire va bouleverser les traditions et la plus grande migration humaine de l’année n’aura pas lieu. Là encore, le numérique s’installera un peu plus, pour palier à l’éloignement des familles et au non-retour vers la chère « Lǎojiā » !

Malgré tout continuons la tradition… Chūnjié hǎo (春节好) ! Xīnnián kuàilè (新年快乐) ! Nous nous souhaitons les meilleurs hospices pour cette nouvelle année, commencée le 12 février 2021, sous le signe astrologique du buffle « niú nián ».
Il faut un peu de temps pour intégrer tous ces concepts ! Mais les connaître, c’est s’ouvrir à d’autres horizons et puis les reconnaitre un jour ou l’autre, dans l’expression artistique sous toutes ses formes, sera le signe de notre cheminement.

Je souhaite à chacun de vous, au-delà de l’adversité qu’implique cette crise sanitaire et celle d’un nouvel espace de vie pour certains d’entre vous, de ressentir la profondeur de la richesse culturelle de la Chine, tout comme l’enthousiasme (et la légèreté parfois) de notre ville d’adoption, Shanghai.

L’énergie de Shanghai et celle de la « Fête du Printemps », nous amènent tout naturellement à honorer plus particulièrement ce mois-ci… la jeunesse !
Son aspiration à trouver sa place, son impatience au changement des archaïsmes de nos sociétés, sa volonté de communiquer ses peurs. Entendons-les, au travers de ce qu’ils créent…

(*) Pour les adhérents, plus de confort visuel sur le site « Shanghai Accueil », que dans l’infolettre, pour la lecture de CultureS Shanghai.
Pour février : https://www.shanghai-accueil.com/CultureS-Shanghai-Fevrier-2021

MUSEES

« Manque de Recul » Interdisciplinary Trends In Art.

(Crédit photo PAM)

Jusqu’au 5 mai 2021. PAM, Pearl Art Museum, du mardi au vendredi de 10h à 19h (dernière entrée à 18h), samedi et dimanche de 10h à 22h (dernière entrée 21h).
Adresse : 8/F, Aegean Place, 1588 Wuzhong Lu /Baizhang Lu, Minhang district. (吴中路1588号8楼, 近白樟路). Métro : Lignes 10 (st.Longbai Xincun, sortie 3).
Prix : 80 RMB
Tel : +86 21 6211 1845/ 139 0184 1246
Info : http://www.pearlartmuseum.org/en
Contact : info@pearlartmuseum.org

Petit rappel : L’audacieux projet du Pearl Art Museum est né en décembre 2017, dans l’esprit du grand architecte autodidacte japonais de 79 ans, Tadao Ando.
Le même qui a œuvré à la rénovation de la Bourse de Commerce à Paris près du Forum des Halles, terminée en mars 2020, afin de devenir le musée d’art contemporain de la Collection Pinault.
Le Pearl Art Museum est innovant à plus d’un titre. Il fait le pari d’amener l’art et la culture, là où vit la population d’une société mercantile, c’est-à-dire… dans un immense centre commercial !
Logé au 8e niveau, sa lumière et sa disposition complexe donnent une ambiance cosy et une impression d’espace. Il est en fait, le résultat d’un partenariat entre une grande maison d’édition/chaîne de librairies (Shanghai Xinhua Distribution Group) et d’un très grand propriétaire de centres commerciaux et de fournitures de magasins, en Chine (Red Star Maccaline Group).

La programmation du Pearl Art Museum est digne d’intérêt, rappelons l’exposition « Victor Hugo dans l’Intimité du Génie » et « Reading Walking Louis Vuitton Travel Book ». Les premières expositions avaient un lien avec le monde du livre et de l’écriture. Depuis, la crise sanitaire a rebattu les cartes et Li Dandan, directrice et conservatrice du Pearl Art Museum, lui insuffle une nouvelle trajectoire dès la précédente exposition « In The Name of Flower » et cette nouvelle, intitulée « Manque de Recul ». Une partie de ses études passées en France inspire son choix d’un titre en français.

Cette exposition présente, au travers de huit artistes chinois, les nouvelles tendances artistiques influencées par la technologie, internet et le monde des affaires. Ces « artistes » (certains ne se définissent pas comme tel), s’affranchissent à la fois des procédés d’élaboration, des médias/supports traditionnels, des moyens classiques de communiquer sur son travail, mais aussi de « l’ancien monde » de l’art.
Ils se créent ainsi une nouvelle identité, sans révolte ni mépris de ce qui a été, mais simplement avec la conscience d’être plus ajustés à de nouvelles aspirations, parfois ambiguës ou encore confuses.

(Crédit photo PAM)

Dans ce monde, les collaborations sont plus importantes et les frontières plus poreuses, entre l’art et les domaines de l’industrie, de la science, du divertissement etc.

Ces artistes, pour la plupart jeunes, urbains et instruits, sont adeptes des nouvelles technologies, très connectés avec le monde qui les entoure, recevant des informations de plus en plus nombreuses et rapides et donc influencés par elles.
Ils dégagent une vraie énergie. Ayant grandi dans une société spectacle, ils aspirent parfois à faire le show, à rechercher un effet, mais leur univers est plus global et ils captent ainsi plus vite, les enjeux sociétaux et environnementaux.

Les 8 artistes présentés sont :

  • Anti-General pour « Dark Lord » (musique électronique).
  • Chen FenWan pour « Paper Made » (artiste papier).

  • Chen Yingjie, pour « Painting Man » (graffiti chinois à l’encre et au lavis).

  • Viki Lulu House (Victoria Lu et son équipe), pour « Treasure Cute Granny » (1ère curatrice chinoise devenue artiste).
  • Lu Yang, pour « Cyborg » (nouveaux médias, explore l’art biologique, la science spirituelle etc.)

  • Qu Jiarui pour « Spicy Professor », journaliste, artiste, écrivain, animateur, collectionneur de jouets.

  • Xu Zhen pour « Slash », figure emblématique dans le domaine de l’art contemporain chinois, un artiste menant la recherche et le développement d’une nouvelle culture.

  • Ye Funa pour « Culture des ongles » qui explore les frontières entre l’esthétique quotidienne et cet « art » ancestral, puisque c’est en Chine que l’ancêtre du vernis est né, il y a 3000 ans.

Quelques médias utilisés : Onde de vapeur, onde sonore électrique, flux numérique, néon, graffiti, animation, peinture, sculpture, vidéo, installation…

Rencontre avec Chen FenWan, artiste papier d’une vingtaine d’années, qui présente 2 œuvres, dont le long dragon rose, qui nous accueille à l’entrée.

Référence de la culture chinoise par excellence, le dragon ici est plutôt utilisé pour sa symbolique d’éternité, à laquelle l’humanité aspire, il est aussi issu du mythe, il devient alors une porte d’entrée vers l’imaginaire.

Quant à la couleur rose que Chen FenWan n’appréciait pas particulièrement, pour sa référence conventionnelle au monde féminin et douçâtre, elle est devenue sa couleur fétiche après son travail « Ping Mian », sur le corps et la peau.
Le dragon de papier rose fait de milliers de mains qui rappellent leur importance dans la communication entre les êtres humains, le contact physique qu’elles permettent dans l’acte affectueux ou même amoureux… « La caresse plus forte que les mots ». Ce projet est évolutif puisqu’à chaque exposition une nouvelle partie du corps du dragon, émergeant du sol, sera ajoutée, comme l’animal sans fin qu’il est à l’origine.
Elle nous rappelle la nécessité pour les artistes, d’entrevoir et de réfléchir aux concepts, même difficiles.

En sortant de l’exposition, vous découvrirez à l’étage en dessous (F7), la librairie elliptique de Tadao Ando qui nous fait tout simplement oublier notre portable !

Shanghai Minsheng Art Museum.

Du mardi au dimanche de 10h à 18h (dernière entrée à 17h30).
Adresse : Bldg 3, 210 Wenshui Lu/ Wanrong Lu(汶水路210号3号楼,
近万荣路). Jing’an District.
Métro : Ligne 1 (st.Wenshui road, sortie 3). Prix : 60 RMB
Tel  : +86 21 6182 0539
Info : www.minshengart.com/enwww.minshengart.com/en Compte Wechat : MinshengArtMuseum

Shanghai Minsheng Art Museum  :

L’institution muséale, créée par la China Minsheng Bank, dans le but de promouvoir culture et art contemporains, a pris place sur son 3ème site.
Ouvert en 2014, il avait investi le pavillon qui représentait la France, lors de l’Exposition Universelle « Shanghai Expo 2010 », puis l’un des bâtiments de l’ancien site industriel dédié à l’art, Red Town (près de Jiaotong University).
C’est là que s’était tenue à l’automne 2015, la fantasmagorique exposition « Gucci No Longer, Not Yet ».

Aujourd’hui, le Shanghai Minsheng Art Museum se situe dans l’ancien site industriel réhabilité «  Xin Yefang », appartenant au Lingang Group.
Créée en janvier 1959, cette usine de Shanghai fabriquait des machines minières métallurgiques.

L’objectif du musée  : favoriser « une compréhension de l’art au sein du grand public et créer un paysage pluraliste de l’art et de la culture  », en limitant les frontières entre art pur ou appliqué, traditionnel ou d’avant-garde.

Il propose des ateliers culturels et projets artistiques expérimentaux. Il s’ouvre également au monde du design de la science et de la technologie.

Expositions du S.M.A.M.

F1 : Hall d’entrée, café/boutique/terrasse, archives, salles d’exposition.
F2 : Salles d’exposition, bureaux.

« The Pop Image - Andy Warhol’s 1962-1987 »
Jusqu’au 7 avril 2021. (F1)

Même si elle n’est pas aussi importante que l’exposition « Andy Warhol : 15 Minutes Eternal », qui a eu lieu au Power Station of Art en 2013 (40 000 visiteurs), cette exposition, pensée par Duran Ucar, M.Dolores, a le mérite de nous présenter à Shanghai, 72 œuvres emblématiques du « pape du Pop art » Andy Warhol.
Œuvres créées entre 1962 et 1987, parmi lesquelles quelques-unes de ses séries emblématiques.

Andrew Warhola, dit Andy Warhol est né en 1928 à Pittsburg (Pennsylvanie, U.S), de parents Austro-Hongrois. Il grandit dans une famille pauvre, sera atteint d’une maladie neurologique (danse de Saint-Guy) à 9 ans, perdra son père à 14 ans. Autant dire qu’il a connu les privations.

Rien ne le prédispose donc, au destin qui fut le sien, mais alité le temps de sa maladie, il dessine, s’instruit et rêve au travers des photos de stars américaines. Cela préparera sa destinée…On retrouve ce lien maladie/souffrance/alitement et découverte du goût pour la pratique artistique, avec l’artiste mexicaine Frida Kalho.

En 1949, il finit ses études et part chercher l’aventure à New-York. Il se lance dans le monde de la publicité, sort beaucoup et s’imprègne de la culture underground, avant de penser au monde de l’art.

Sa soif d’apprendre sera insatiable et sa volonté de ne pas s’enfermer dans un domaine spécifique de la création artistique, sera permanente.
Il deviendra donc, un designer multi-support, (de l’affiche Campbell’s soup, au design de la bouteille Absolut Vodka), un artiste peintre, un producteur de musique, un auteur de films d’avant-garde…

Il est symbole d’ambiguïté dans sa vie personnelle et professionnelle, où il côtoie Superstars comme milieu underground. Il crée la fameuse Factory en 1964, lieu de création et d’expérimentation où se rassemble un monde hétérogène d’artistes, de designers, d’actrices, de mannequins et « d’âmes perdues ». Il dira qu’elle est le lieu de « la fabrique d’un mythe d’ascension sociale, de la fabrique de Superstars ». C’est aussi là que se produira le groupe musical « Velvet Underground  », soutenu par Andy Warhol. Il expérimente tout ou presque et meurt d’une crise cardiaque à 58 ans à New-York.

L’exposition est organisée par série, de différents supports (lithographie offset/photolithographie, impressions offset et écran, photographie), elle se termine par de la vidéo.

À l’entrée de l’exposition (F1), la photo d’Andy à Madrid vous accueille, juste en amont de sa série fétiche en rouge et blanc, « Campbell’s Soup Cans » (1962). Série qui n’aurait pu voir le jour sans l’invention de la boite de conserve, par le Français Nicolas Appert en 1810, puis celle de la soupe en boite, récompensée à l’Exposition Universelle de Paris en 1900, dont la médaille parait sur la boite comme sur la série de l’artiste.

Suivra la série « Flowers » (1964-1970), « Flowers Black and White » (1974-1979).
La nouvelle année du calendrier chinois, a influencé le choix de la série suivante : « Cow » ((1966-1976).

Série « Marilyn » (1981), comme une réminiscence de cette machine à star et à rêve, que fut Hollywood pour le jeune Andrew, alors malade et alité. Elle rend compte aussi de sa fascination pour le portrait (plus de 1000 portraits peints).

Puis un ensemble d’affiches créées par Andy Warhol, annonçant spectacles, films ou expositions, comme « Andy Warhol & Basquiat » (1985), sous forme d’une affiche de combat de boxe, détournée, à l’occasion de son exposition commune avec l’artiste Afro-Américain Jean-Michel Basquiat, rencontré en 1981.

Leur admiration mutuelle fut réelle, leur collaboration artistique prolifique (plus de 200 œuvres), malgré des personnalités, des parcours ou des styles artistiques très différents.
Leurs œuvres communes illustrent la chronique d’une époque si particulière, celle des années 80, d’où émergent les grands sujets sociétaux qui agitent les U.S et l’international.

À noter, celle du film « Querelle » (1982) de Fassbinder, avec Brad Davis et Jeanne Moreau ou

« 20 Montreux Jazz Festival » de 1986, un an avant la disparition de l’artiste.

Dans une 2ème partie, vous trouverez un jeu de miroir autour de l’affiche d’Elvis à l’occasion de la Foire d’art de Cologne de 1971.

Puis une petite salle avec la fameuse banane qui paraissait dès le 1er album du groupe « Velvet Underground & Nico » formé de Lou Reed et John Cale, produit et « contrôlé » par Andy Warhol qui avait imposé la chanteuse Nico, le design etc. Les artistes reprendront ensuite leur liberté...

Andy Warhol reste l’une des personnalités les plus influentes du XXe, en bouleversant le monde de l’art par sa volonté de transformer le quotidien et ses objets, en création artistique, leur attribuant une autre dimension. Il devient ainsi la figure emblématique du Pop art, afin de « faire de l’art pour tous ». Il a eu aussi cette capacité à fédérer autour de lui, les talents novateurs, quelquefois subversifs.
C’est donc le moment de le faire découvrir en famille, sans risque de saturation.

Andy Warhol a illustré par son travail, non sans ironie, le consumérisme américain, le mercantilisme et l’idolâtrie des célébrités…tout en en bénéficiant !
Depuis, ces 3 phénomènes ont gagné le reste de la planète.

Pour faire écho, 2 artistes du Pop art, Philippe Colbert et Trevor Andrew, exposés au Modern Art Museum Shanghai, 4777 Binjiang Avenue, jusqu’au 14 mars 2021.

« 2020 John Moores Painting Prize (China) Exhibition »
Jusqu’au 28 février 2021(F2) :

Poursuivez la visite vers F2 qui vous propose de voter pour une œuvre, tel un membre de jury professionnel, jusqu’au 25 février.
Montez le grand escalier du hall d’entrée pour atteindre le début de l’exposition.

Le Prix de peinture John Moores est un concours de peinture créé en 1957 au Royaume-Uni. Des œuvres d’art anonymes sont évaluées par un comité de jury dont les membres changent à chaque édition. Son édition en Chine existe depuis 2010 et a lieu tous les 2 ans.

3166 inscriptions acceptées jusqu’au 16 janvier 2020 et au final les peintures de 88 artistes, sélectionnées après 3 tours du jury, pour le Prix de peinture John Moores (Chine).

Cette 6ème édition ne fut pas simple à organiser vu la conjoncture, nous explique le commissaire d’exposition Ding Yi, mais il « présentera un langage artistique plus diversifié…Les artistes observent le monde de leur point de vue unique, et démontrent les vastes possibilités de la peinture, tout comme leur exploration du médium et des techniques. »

Le directeur du Shanghai Minsheng Art Museum, Gan Zhiyi, exprime par cette collaboration avec le John Moores Liverpool Exhibition Trust, leur « engagement commun envers le développement durable et la vitalité de l’art contemporain chinois ».

Les œuvres sont exposées en 3 chapitres :
1- « Landscape and Illusion »
2- « History and Allegory »
3- « Abstraction and New Narrative »

Alors quel sera votre choix ?!

« Les Demoiselles d’Avignon »

Le très efficace « Seeds of Unrest » de Xu Mingliang, le riche « Shanhaijing » de Huang Xiao, l’énigmatique version des « Demoiselles d’Avignon » de Weng Xingyu ou comme moi, « Land of Empathy » de Wen Chenmin ?

Notez votre choix sur le carton donné à l’entrée et déposez-le dans l’urne à la fin de l’exposition. Le gagnant recevra le « Prix du Choix des spectateurs » et recevra 20 000 RMB « Tax included » !!!

PHOTOGRAPHIE

« NO MAN’S LAND » par Henk Van Rensbergen.

Jusqu’au 27 févier 2021. Galerie Dumonteil, du mardi au dimanche de 11h à 19h.
Adresse : YongPing Lane, Bldg 105, 199 Hengshan Road (衡山路199号永平里105栋).
Métro : Ligne 1, St. Hengshan road, sortie 4
Tel :+86 21 6418 6367 ; Contact  : shanghai@dumonteil.com
Site : http://www.dumonteil.com

La galerie Dumonteil * accueille l’artiste belge, Henk Van Rensbergen qui nous invite à un voyage bien étrange et pourtant nous sommes sur Terre, dans des espaces reconnaissables…Mais où sont les Hommes ?!

Henk Van Rensbergen, né en 1968, vit à Bruxelles. Il est pilote de Boeing 787 et ses multiples voyages lui permettent d’exercer dans de nombreux pays, sa passion pour la photographie.
Il explore peu à peu des espaces abandonnés, des bâtiments vides et en comprend rapidement leur réelle puissance visuelle et émotionnelle.

Dans une première série « Abandoned places » (2007), qu’il enrichira les années suivantes, il photographie des lieux habités puis abandonnés des Hommes, vite insatisfaits dans leur quête de nouveaux territoires, de nouvelles richesses, de nouveaux dieux... Sites industriels, banlieues, site militaire, hôpital, palais etc.

La galerie présente 4 œuvres de cette 1ère série (formats 120*150 cm /100*150 cm) :

« Rayons de Soleil » (2012) : Le regardeur se retrouve à l’intérieur d’une église abandonnée d’un village de Pologne (Zeliszow), qui ressemble plus à un théâtre. Les balcons de bois, les arches élégantes, les volumes conséquents et les couleurs chaudes rappellent pourtant l’importance qu’avait ce lieu, pour les habitants. « Cette église a aussi résonné un jour, de la musique enchanteresse de la Passion selon saint Matthieu, de Johann Sebastian Bach », nous dit l’artiste.

Abandonnée des Hommes, vide de leurs prières, l’église est réchauffée en son chœur, par une lumière puissante et diffuse, tout droit venue du ciel.

« La Bibliothèque Brûlée » (2011), « La Bibliothèque Intacte » (2013) :
L’artiste joue sur la similarité entre 2 bibliothèques photographiées dans des lieux différents. La 1ère, photographiée dans un hôpital abandonné, des montagnes de la vallée du Po (Italie), est pourtant présentée comme l’état actuel de ce qu’était « La Bibliothèque Intacte ». Allégorie de ce qui n’est plus, fragilité du savoir ou de l’information transcrits sur papier, qui disparaissent en fumée. Il paraît même qu’elle contenait des informations sur des membres de la mafia, raison de l’autodafé…

« Adams Theater » (2009) : Pour cette photographie faite dans le New Jersey (USA), Henk Van Hensbergen raconte les obstacles humains et physiques, pour accéder et fixer enfin, ce lieu de divertissement ostentatoire devenu pitoyable, oublié depuis longtemps des spectateurs et des acteurs. Dans le noir le plus total aujourd’hui, l’Adams Theater, retrouve par la lumière que le photographe y fait entrer, le souvenir de celle des feux de la rampe, celui des acclamations. Tout ce qui faisait sa raison d’être.

Dans la série « No Man’s Land », son propos va plus loin. Il présente, au travers de ses 4 autres photographies, un monde post apocalyptique dans lequel seuls les animaux ont survécu. La toute puissance du genre humain, n’est plus alors une réalité. Le monde animal sans l’Homme reprend ainsi sa place, toute la place ! Jusqu’à s’approprier des comportements humains, à tel point qu’il intitule chaque œuvre d’un prénom !

« Haruki » (2015), pour cet échassier décomplexé qui déambule à l’intérieur de style japonais, d’une maison abandonnée, en Californie.

« Bea » (2016), pour ce puissant boa constricteur, pour qui c’est l’heure du bain.

« Duc Bastia » (2014), pour ce coq qui se pavane sur le linteau d’une cheminée, en prenant pour décor une « peinture de ruine », comme une mise en abime du propre lieu qu’il a investi.
Il signe le « caractère éphémère du travail humain et le triomphe final de la nature ».

« Joachim » (2017) pour ces 7 oiseaux multicolores qui pérorent, installés sur le sommet de la boiserie sculptée d’une alcôve, enrichie de tentures autrefois précieuses.

Cette série « No Man’s Land » est une vraie « remise en scène », puisque l’artiste insère dans son décor, l’animal photographié précédemment dans un zoo, à la lumière propice de l’aurore ou du coucher de soleil, afin de préserver une posture et un aspect naturels.

Les explorations du photographe l’ont mené aux US, au Sri Lanka, Mexique, Brésil, Japon et dans différents pays d’Europe et d’Afrique.
Bien sûr, Henk Van Rensbergen, ne cherche pas à fixer dans notre mémoire visuelle, un lieu oublié, mais il nous offre une atmosphère, une tension, la complexité des émotions qui surgissent en nous, en regardant son travail.

Celui-ci a été largement diffusé dans la presse belge et internationale, spécialisée ou non et les séries « Abandoned Places » et « No Man’s Land » donneront aussi leurs noms, à 6 catalogues entre 2007 et 2017. Il a exposé à Bruxelles, Anvers, New-York, Paris, Shanghai, Maastricht…

Henk Van Rensbergen est l’un des fondateurs du mouvement « Exploration urbaine », né dans les années 1990. Chaque exploration est une aventure, avec la volonté de « ne prendre que des photos et ne laisser que des empreintes de pas ». Il n’a pas choisi le verbe, mais il est c’est sûr, un très bon raconteur d’histoires.

DESIGN

« Union » chez Objective Gallery.

Jusqu’au 21 mars 2021. Objective Gallery, du mardi au vendredi de 11h à 19h.
Adresse : Yongfeng Village, 179 Nan Chongqing lu Maison N° 5, Huangpu district. Entrée libre sur réservation.
Métro : Lignes 10 et 13 (st. Xintiandi, sortie 6).
Contact : info@objectivecollection.com
Instagram : info@objectivecollection.com

Au fond du lilong Yongfeng village, construit en 1919, se trouve une maison de brique et de bois qui marie les styles shanghaien et occidental.
Elle abrite depuis le 3 juillet 2020, Objective Gallery.

Cette galerie est née de l’idée d’un jeune taiwanais de 29 ans, Chris Shao qui souhaitait mettre en scène dans l’espace intime d’une maison historique, l’art et le design.
Rappelons que par le passé, la culture chinoise ne séparait ni ne hiérarchisait art et artisanat.

Zones d’exposition : Entrée, cuisine, salle à manger/salon, véranda (F1) ;

Bureau, chambre salle de bain (F2) ;

Cage d’escalier ;

Chambre principale, salle d’eau, recoin utilisé à l’origine comme offertoire par les propriétaires (F3).

Chez Objective Gallery, se côtoient donc les travaux d’artistes et de designers chinois ou internationaux, de différentes générations, sélectionnés pour leur lien harmonieux avec le lieu.

Chaque nouvelle exposition est une collaboration avec une nouvelle galerie d’art. L’une d’elle présentait les œuvres des artistes de Shanghai Art+ Gallery.
Pour cette 4ème exposition intitulée «  Union », Chambers Gallery (New-York, Beijing), est à l’honneur.

Quelques œuvres et artistes : - « Xingtian Dance IX » de papier découpé par l’artiste chinois Wu Jian’an.

  • Série « ChaosScript » du maître de calligraphie Wang Dongling qui explore le potentiel abstrait de la calligraphie.

  • « The Weight of Culture », collages de la très médiatique actrice (Jugé Coupable, Charlie’s Angels, Kill Bill etc.), productrice, réalisatrice, Lucy Liu.
  • La photographe Pixy Liao.

Pour le design, notons le bien nommé « Hug Bed » et sa tête de lit enveloppante,

les très Pop « Aria Flurry Chair » dont la structure en plexis valorise l’assise moelleuse, « aux couleurs de macarons »,
le très traditionnel mais précieux paravent de laque et de pierres taillées (F1)

ou les meubles aux formes brutes du studio de design mexicain, EWE.

Ici, esthétique et fonctionnalité se marient harmonieusement au travers des pièces d’artistes, de designers, d’artisans d’art. Chacun de nous peut en apprécier conception, matériaux et mise en œuvre finale. La création 2D côtoie celle de la 3ème dimension, la contemporaine celle de meubles anciens. Les grands noms du design s’exposent aux côtés des talents émergents.

Objective Gallery nous propose un voyage dans le temps et dans l’espace, au nom de la beauté et des savoir-faire, sous un même toit !

Bientôt des temps plus favorables, pour retrouver la Troupe du Théâtre de Shanghai, comme celle du théâtre d’improvisation, Zmack Improv !

Toujours une riche programmation au théâtre The Pearl, 471, Zhapu lu (Voir compte official Wechat).
À bientôt

Françoise Bourry-Maugein
culture@shanghai-accueil.com]]