CultureS Shanghai

CultureS Shanghai Janvier 2022

CultureS Shanghai Janvier 2022

CultureS Shanghai

Janvier 2022… Particule pourtant microscopique, la COVID est depuis 2 ans, la cause de bouleversements économiques, sociologiques et individuels. Elle s’est immiscée à des degrés divers, dans tous les domaines de nos sociétés humaines, faisant vivre de manière collective ou intime, des expériences jusque-là, de l’ordre du roman d’anticipation ou pour d’autres même, inconcevables (télétravail, apprentissage en ligne, confinement généralisé, traçage individuel numérique, visages masqués…jusqu’aux cérémonies de deuil « télé-vécues »).
La Science, si elle garde son éthique, sa rigueur et son humilité, peut répondre aux causes de cette pandémie, mais qu’en est-il pour ce que cette dernière aura abimé au plus profond de chacun et qui n’est pas toujours exprimable ?

Les artistes eux-mêmes ont été grandement impactés, mais ce qu’ils sont, leur permet le dépassement de leur expérience propre, jusqu’à toucher parfois l’universel, par leurs œuvres, dans lesquelles on peut alors se reconnaitre.
Ils deviennent ainsi, le média de nos peurs, de nos attentes, de nos espérances.
En Chine comme ailleurs, le confinement pour les artistes, a généré d’abord une grande frustration, un repli sur soi. Mais pour eux, la créativité nait aussi de l’intensité d’expériences, de sentiments, de cet ascenseur émotionnel parfois et de la nécessité de « l’ex-primer  ». Certains artistes ont alors renouvelé leur process de création, les matériaux utilisés, les domaines de questionnement de l’œuvre.

Ils sont l’illustration d’un principe fondamental : avant toute renaissance il y a destruction. C’est le pouvoir de transformation, la mutabilité des éléments, évoqués par exemple au travers du Yì Jīng ou « Livre des mutations », 1er des 5 classiques de la pensée chinoise.
Certains penseurs de l’orient et de l’occident, comme Sun Tzu ou Nietzsche, nous en donnent une autre version en constatant : « Au milieu du chaos réside l’opportunité »

MUSÉE

Fresques Bouddhistes de Shigatsé du XIIIe au XVe .

Jusqu’au 22 mai 2022, Xuhui Art Museum (徐汇艺术馆).
Du mardi au dimanche (9h-11h et 13h-17h). Dernière entrée 16h30.
Adresse : 1413, Huaihai zhong Lu/ Fuxing xi lu, Xuhui district (淮海中路1413号 复兴西路).
Métro : Lignes 1,7 Station Changshu lu sortie 7.
Entrée libre. Code QR vert et masque à l’entrée. Tel : +86 21 6433 6516/+86 21 6431 3738. Site : http://xuhuiart.xuhui.gov.cn

Xuhui Art Museum est comme son nom l’indique, le musée d’un district historique de la ville de Shanghai. De petite taille, il propose pourtant aux visiteurs, des expositions temporaires variées et de qualité.
Il fut construit en 1932, pour accueillir la Bibliothèque Hongying, qui fut un grand institut de recherche sur la culture et l’histoire d’Asie de l’est.
De style occidental et avec ses 3 niveaux, dont 2 consacrés à l’espace d’exposition (600 m2), il devient en 2005, Xuhui Art Museum. Depuis sa restauration au printemps 2019, il bénéficie d’installations multimédias.

Les objectifs pédagogiques et interactifs sont présents, aidés de fonds sonores, créations musicales originales, animations etc. On peut toutefois regretter l’absence de l’anglais dans beaucoup d’expositions, permettant l’accès à la richesse de la culture chinoise, par un public plus international.

Après une exposition remarquée, sur les exceptionnelles grottes de Dunhuang puis sur les pierres à encre et bâtons d’encre traditionnels, qui sont avec le papier et le pinceau, les « 4 trésors du lettré  », c’est un nouveau voyage culturel que nous propose ce musée.

L’exposition « Fresques Bouddhistes de Shigatsé du XIIIe au XVe » a nécessité 2 ans de travail sur des documents historiques, des voyages au Tibet pour 5 membres du musée et la collaboration d’étudiants de l’Institut des Beaux-Arts de Shanghai.

Après sélection, cette exposition présente certaines des plus belles fresques murales, à la dimension réelle, de 3 temples à Shigatsé et dans ses environs : Sajia Sì, Xialu Sì et Baiju Sì.

Elle présentera succinctement, les temples dont elles sont issues, ainsi que les influences multiples et l’évolution qui amènent à une maîtrise des techniques picturales inégalée. Celles-ci ont pour but, l’accès à la beauté, la sérénité mais aussi la compréhension de la pensée bouddhiste, pour celui qui les regarde.

Pourquoi l’art bouddhique de Shigatsé du XIIIe au XVe, s’expose à Shanghai ?

D’abord parce que cette « Terre Fertile » (གཞིས་ཀ་རྩེ en tibétain et rìkāzé shì en mandarin), située à 3800 m d’altitude, est la 2ème ville la plus importante du Tibet, après Lhassa, qu’elle fut une ville sainte pour les bouddhistes et qu’elle fut le lieu de l’émergence de l’art tibétain si particulier. Le directeur du musée et la curatrice de l’exposition, touchés par la beauté et la richesse des fresques murales, souhaitaient offrir une meilleure visibilité à ces œuvres, peu connues du public shanghaïen.

Exposition à Shanghai, car depuis 1994, Shigatsé bénéficie de son soutien économique et culturel, par un système de jumelage.

La période du XIIIe au XVe représente l’émergence d’une culture et donc d’un art tibétain propre, qui s’émancipe en partie des codes esthétiques de l’Inde et du Népal (origines géographiques du bouddhisme) et absorbe ceux de la culture Han, de l’Empire de Chine. Le style tibétain est donc un subtil mélange des influences de ces 3 zones géographiques, puis une réappropriation des techniques picturales, symboles et organisation de l’espace, dans les œuvres créées.

L’exposition :
F1 : Une fresque à dimension réelle vous accueille et la lumière se tamise…

1er temple, Sajia : Perché à 4468 m d’altitude et situé à 150 km à l’ouest de Shigatsé, ce temple « Terre de couleur gris-blanc », est tellement riche par son patrimoine artistique, qu’il est considéré comme le «  2ème Dunhuang ».

Le site est constitué de 2 monastères, séparés par une rivière. Celui au nord date de 1073, le monastère du sud commence sa construction en 1268 et la termine 27 ans plus tard. Vous pouvez voir le plan de son bâtiment principal entouré de fortifications. Rappelons le pouvoir religieux associé au pouvoir politique pour l’autorité, à cette époque au Tibet.
Les constructions sont donc imposantes, à l’image d’un château médiéval en Occident. On perçoit déjà un mélange des styles et une sinisation des représentations bouddhiques.

2ème temple, Xialu  : Plus bas, il se trouve tout de même à 4000 m d’altitude et à 26 km de Shigatsé. Construit en 1087 puis détruit par des inondations, il est reconstruit en 1333 et ce que l’on peut y voir aujourd’hui, date de cette époque.

Des artisans chinois participent à sa reconstruction. On retrouve les techniques Han dans les tuiles et les porcelaines, la charpente, mais la conception extérieure est de style tibétain. Une des salles présente un Bouddha de style népalais, tandis que le couloir entourant la pièce centrale des cérémonies, présente une centaine de tableaux, les plus beaux et les mieux conservés. Ils représentent l’histoire du Bouddhisme dans la société tibétaine, façon scène de genre (danse, mariage etc.).

Plus loin, vous verrez des extraits de cartes, dessinées par des explorateurs étrangers datant de 1602, 1690,1710, ce qui explique leur approximation.
Sur la gauche, les techniques picturales sur les proportions des représentations bouddhiques, conçues par le célèbre jésuite Matteo Ricci et son ami lettré Li Zhi Zhao.

À gauche du plan, une fresque reconstituée, montre les influences encore présentes de l’Inde et du Népal, mais la vaisselle elle, est bien de style Han.

On peut dire que ces 2 premiers temples Sajia et Xialu, illustrent les fondations du style tibétain avec ses 3 influences (Inde, Népal et Chine), mais le suivant Baiju, en est la quintessence.

3ème temple, Baiju : Près de Shigatsé et à 3900 m d’altitude, il fut construit de 1418 à 1436.
Il bénéficie des protections naturelles et énergétiques du Fēngshuǐ, puisque les montagnes le protègent au sud, nord et à l’est et la rivière à l’ouest.
Une fortification large de 2 m complète le dispositif, pour assurer la sérénité du lieu.

À l’intérieur du site, se trouve l’impressionnante « Tour de la Chance aux Nombreuses Portes » (Jíxiàn duō mén) de 42 m de hauteur, qui a nécessité 10 ans de construction. Elle contient 108 petites salles, dont 76 ayant un Bouddha sur un des murs et des fresques murales sur les 3 autres. On compterait 27529 représentations de Bouddha, sur les 9 niveaux de la Tour !

Pour la décoration, seuls les artistes tibétains, au sommet de leur art, ont œuvré.
Dans le style Han, les postures sont plus hiératiques, les expressions plus sévères, dans le style tibétain, les traits sont plus marqués, les couleurs plus riches et lumineuses. Malgré tout, grâce aux postures des personnages, à l’organisation de l’espace dans la fresque, une vraie sérénité émane de ces œuvres, par une réelle maîtrise des équilibres.

Des mariages dans les élites et les échanges culturels se font entre les dynasties tibétaines et chinoises. Les artisans, les marchands et les pèlerins de la Route de la Soie, amènent aussi d’autres influences artistiques, venues de « l’ouest lointain ».

Un bouddha entouré par d’autres « éveillés » illustre ces échanges interculturels. Plus loin, deux peintures représentent les Hommes progressant sur l’échelle de leur évolution.

Dans une petite pièce, vous aurez la possibilité de découvrir (pendant 5’), un grand ouvrage de ces représentations du XIIIe au XVe, édité pour l’occasion. L’utilisation d’une paire de gants blancs est nécessaire. Des psalmodies sacrées vous accompagnent.

Avant de monter vers F2, voyez à droite la grande bibliothèque des sutras (textes sacrés du bouddhisme), d’un monastère et à gauche, des « éveillés » nommés en langue tibétaine.

En montant, des pensées de cette philosophie vous accompagnent en tibétain et en mandarin sur les contre-marches : « Si on ne cherche que joie et sérénité, on ne peut atteindre la sagesse », « La douceur conquiert le doux, mais aussi le violent », « Si 2 cœurs sont en harmonie, qu’importe l’éloignement, chacun continue à bénéficier de l’Autre »…

F2  : La description du temple Baiju se termine. On y apprend que dans la salle sud du temple principal, une rencontre historique importante y est représentée (au bout à gauche après l’escalier), Bā sī bā, lama (« maître » ou moine bouddhiste tibétain de haut rang), donne sa bénédiction à l’empereur mongol, fondateur de la dynastie Yuan, Kūbilaï Khān (petit-fils du grand Gengis Khan) .

À la suite, vous découvrirez la reconstitution à taille réelle, de la petite salle 16 du 1er étage de la grande Tour du temple Baiju : 1 face pour la statuaire, les 3 autres pour les fresques.

Plus loin, sont précisées la bibliographie et les collaborations avec les étudiants de l’Institut des Beaux-arts de Shanghai, dont vous verrez dans une dernière salle, puis en vous dirigeant vers l’escalier de sortie sur votre droite, les créations contemporaines, inspirées par le sujet de l’exposition.
L’association d’un moulin à prière du futur et d’animations à l’esthétique variée, sur les murs, est plutôt réussie.
Puis, une sorte « d’alcôve » triangulaire, lumineuse et colorée, vous attend pour une nouvelle expérience. Entrez-y…

Si vous maîtrisez le mandarin, vous pourrez participer (près du comptoir au RDC), à un questionnaire via le code QR et gagner le droit de décorer selon votre inspiration, un morceau de la fresque bouddhique, puis revenir le coller. Contribution interactive, pour une œuvre évolutive.

Le fruit de ces recherches historiques et esthétiques, le choix d’une présentation à taille réelle, des fresques murales riches et colorées et les différentes expériences interactives, permettent, bien des siècles plus tard, la possibilité d’accéder à leur beauté encore mystérieuse…

Remerciements à Naihua YANG

ART CONTEMPORAIN

« Déjà Vu » Pascal Dombis

Jusqu’au 29 janvier 2022, Bluerider ART Shanghai
Du mardi au dimanche (10h-19h).
Adresse : F1 à droite, 133, Sichuan zhong Lu, Huangpu district. Métro  : Lignes 1,7 Station Changshu lu sortie 7.
Entrée libre. Code QR vert et masque à l’entrée. Tel : +86 21 6330 6166. Contact : info.china@blueriderart.com

Bluerider ART Shanghai est une nouvelle galerie ouverte au printemps 2021, dans un bâtiment historique de la très longue et encore préservée, Sichuan lu.

Le lieu :
Tout près du quartier prisé des galeries d’art du Rock Bund, elle se situe dans l’ancien bâtiment de la société The Brunner, Mond &Co (卜內門洋行), construit en 1922 et pensé par le cabinet Stewardson & Spence (créé lui, en 1919, par 2 architectes écossais et anglais, anciens confrères à Londres).
La Brunner, Mond & Co, compagnie britannique créée par l’homme d’affaires britannique John Brunner et le chimiste allemand Ludwig Mond, à Northwich en 1873, devient leader des industries chimiques, dans les années 1900.

John Brunner et Ludwig Mond

Comprenant les opportunités du nouveau marché chinois, elle s’installe à Shanghai, dans les années 1890.
Elle fusionnera en 1926 avec 3 autres compagnies, pour créer la très puissante Imperial Chemical Industries (« ICI »), dont elle restera un atout fort. La ICI maintiendra son activité en Chine via l’Imperial Chemical Industries China Limited.

Aujourd’hui, des éléments de décoration du bâtiment ont disparu avec le temps et surtout les effets sur le patrimoine, de la Révolution Culturelle, à l’exemple de certaines statues de la façade. De grandes lettres y formaient : « GOD SAVE THE KING ». Peut-être trouverez-vous les mots « Imperial Chemical » ?

Et comme tout présent est aussi héritage du passé, l’actualité retrouve des éléments dans l’histoire de Shanghai, puisque la société pharmaceutique AstraZeneca, qui commercialise l’un des vaccins contre la Covid, est le résultat de la fusion de la société pharmaceutique suédoise Astra AB et Zeneca, branche pharmaceutique de l’Imperial Chemical Industries, citée plus haut !

La galerie Bluerider ART Shanghai :
Créée par la femme d’affaires de Taîwan, Elsa Wang, en 2013, la galerie tient son nom du groupe artistique « Der Blaue Reiter », de l’artiste d’avant-garde, Wassily Kandinsky. Issue du monde digital, elle construit une équipe de passionnés d’art, comme elle, pour créer et animer ses différents sites, dont 3 situés à Taipei (DunRen, RenAi, X by Bluerider : concept store sur l’art), celui de Shanghai . Un nouvel espace devrait ouvrir à Londres prochainement, permettant des échanges plus riches entre l’Orient et l’Occident.

Pour les faire vivre, expositions, conférences d’artistes, visites guidées, réunions de collectionneurs, événements, animations classiques d’une galerie d’art mais, Elsa Wang est aussi très présente sur les réseaux sociaux, interviewant les artistes comme Carol Prusa, Ilit Azoulay, Jan Kaláb (exposé actuellement dans la galerie Magda Danyzs (256, Beijing dong lu/Jiangxi Zhong lu), ou le polyvalent Lin Dingyi.

Elle conçoit l’art comme « la voix la plus authentique pour refléter l’ère contemporaine », mais aussi comme « la tranquillité ultime à l’intérieur ».

L’artiste, Pascal Dombis :
Artiste plasticien français de 56 ans, vivant et travaillant actuellement à Paris, il suit une formation d’ingénieur dans la sélective Université Insa de Lyon.
Attiré par l’univers artistique, il donne une nouvelle orientation à sa vie, en suivant des cours d’art informatique à l’Université Tufts, en 1987.

De par sa formation, ordinateurs et algorithmes sont ses outils, pour explorer les domaines du langage, de l’irrationalité, de la couleur et même du bruit.

Il a été exposé dans différents musées mais aussi hors-les-murs : Velchev Art Museum (Bulgarie), Kunstpalast Museum (Danemark), Page Gallery (Corée du Sud), Musée en Herbe et Palais Royal (France), Université de Georgie (USA).
Il contribue aussi à des ouvrages publics comme à Perth (Australie) ou à Lujiazui, Harbour City (Shanghai), avec une œuvre extérieure de 80 m de long, "Double Connection". Son dernier ouvrage édité « Je ne suis pas un robot ».

Il dit : « Remettre en question le monde dans lequel nous vivons, quels que soient ses potentiels ou ses dangers, est certainement beaucoup plus amusant si nous utilisons les outils qu’il a lui-même conçus ».

L’exposition, « Déjà Vu » :

C’est sa première exposition personnelle en Chine. « Déjà Vu » permet au visiteur, d’avoir un aperçu des différents domaines d’expérimentation de l’artiste, sur les images, les textes, les lignes.

Comme dans la série «  Irrational Geometrics », il les combine, les mélange et leur donne une nouvelle forme mais aussi une nouvelle dynamique.
Une de ses séries utilise les propriétés des plaques lenticulaires, dédiées habituellement au domaine de l’optique. Il joue ainsi avec notre regard, nos limites de perception et nous incite par le mouvement, à trouver un nouvel angle, une nouvelle perception de son travail. L’expérience visuelle est ainsi propre à chacun et temporaire.

Comme les facettes d’une même réalité, l’aléatoire côtoie le contrôle, dans les répétitions des lignes, des couleurs, des formes et parfois, l’imprévu ou l’erreur se produit, créant l’émotion.

Le non-figuratif et l’irrationnel sont régulièrement utilisés par les artistes, pour interroger chacun, sur les limites physiques et mentales, de notre perception du monde et des convictions que l’on va se construire, à travers elles.

Pascal Combis précise que son travail n’est pas une célébration de la technologie, malgré son utilisation intense de l’ordinateur ou des logarithmes.
La série «  I’m not a robot » présente des portraits numériques composés d’une multitude de visages humains, de races, de sexes, d’âges différents, assemblés avec l’aide de l’intelligence artificielle. Les frontières s’estompent alors, puisque tous constituent un même visage et en s’éloignant, ce portrait virtuel devient réaliste.

Au travers de ses œuvres, inspirées pour certaines par les écrits de William Burroughs, il dit aussi les problématiques générées par l’excès des données, les métadonnées et l’utilisation qui en est faite. Il parle des différents niveaux de compréhension d’une réalité observée, qui semble simple, « Une ligne n’est pas seulement une ligne : c’est toute une histoire. Cela pourrait même être l’histoire de l’humanité… »

Pour approfondir :https://www.youtube.com/watch?v=6Me9ymbt4v8&ab_channel=ArtPluralGallery

« Plight Under the Hemispherical Dome » par Ye HongXing et NanChuan DaoSheng.

Du 8 janvier au 27 février 2022. Art + Shanghai Gallery, du mardi au dimanche, de 10h30 à 18h30.
Adresse : F2, 99, Beijing Dong lu/Yuanmingyuan lu, Huangpu District.
Métro : Lignes 2 et 10, St. East Nanjing road, sortie 6.
Tel : +86 21 6333 7223 ; Contact : contact@artplusshanghai.com
Site : www.artplusshanghai.com

Pour cette troisième exposition, dans le nouvel espace d’Art+ Shanghai Gallery, les galeristes Agnès Cohade et Ana Gonzales créent une rencontre entre 2 artistes chinois, Ye HongXing et NanChuan DaoCheng. Femme et homme, de générations différentes, leur univers tout comme les médias qu’ils emploient les différencient. Pourtant il y a une réelle proximité dans leur questionnement : « Comment rétablir l’ordre dans le chaos et comment explorer la possibilité d’un chaos, dans l’ordre ».

L’exposition, un peu plus réduite par son nombre d’œuvres, mettra en lumière, celles de la série « Numeral » de Ye HongXing et des séries « Construction » et « Nature morte » de Nanchuan DaoCheng. Toutes créées en 2021.

Ye HongXing est une artiste établie qui contribue à l’art contemporain chinois. Son esthétique unique lui vaut une reconnaissance internationale. Elle est recherchée et attendue par les collectionneurs et collabore avec certains créatifs comme avec le designer Christian Louboutin. Elle fut désignée « Femme d’avenir » dans le magazine SKP.
Née en 1972 dans la province du Guangxi, elle est diplômée d’art de la Guilin Normal University (BFA) et obtient ensuite le précieux Master, de l’Académie Centrale des Beaux-Arts de Beijing (CAFA), département gravure.
Elle commence alors sa carrière comme artiste en résidence, dans le parc de sculptures « Yuzile », de Guilin. Elle vit et travaille entre Beijing, où elle conçoit et finalise ses œuvres et les environs de Guilin, où elle fera la mise en œuvre, dans sa maison-atelier, près de sa famille. Le processus de création, avec des centaines de stickers, apposés à l’horizontal, puis le contrôle du rendu à la verticale, est long et méticuleux. Trois étudiants en Beaux-arts l’assistent dans cette tâche.

« En utilisant des symboles du quotidien et des motifs de la tradition, Ye HongXing crée un contemporain animé en réponse à sa perception du développement de la Chine et de la préoccupation internationale pour l’argent et la matière ».
Utilisant des techniques mixtes (peinture à l’huile, stickers etc.), elle fait le choix d’un visuel décoratif au prime abord, pour aborder via certains détails enfouis dans la multitude, des sujets beaucoup plus sombres, qui secouent nos sociétés.

Elle expose dans des galeries en Chine, en Europe et aux États-Unis, ainsi que dans des foires internationales (Paris Art Fair, London Art Fair, Art Central Hong Kong, SH Contemporary Art Fair etc.) et des musées. Ye Hongxing a reçu plusieurs prix dont le Dragon Air Emerging Chinese Artist Award (2006).

Cette nouvelle série « Numeral », de 6 chiffres (0,1,2,3,5 et 7), est d’abord une manière d’honorer leur esthétique, mais aussi le monde mystérieux qu’ils renferment. Dans leur histoire, les Hommes ont ressenti la nécessité de rationaliser le monde et de l’appréhender au travers de concepts, comme ceux représentés par les nombres et les dix chiffres qui les composent. Depuis ils nous gouvernent !

Présents dans nos ordinateurs, nos analyses, nos quantifications, nos logarithmes, ils sont partout. Mais sans eux, point d’évolution possible, car ils sont des éléments de compréhension, même imparfaits. Le souci esthétique est très présent dans les œuvres de l’artiste, mais l’équilibre n’est qu’apparent. Lorsque l’attention se porte aux détails, le chaos n’est jamais loin. En cela, elle rejoint la conception chinoise ancienne du monde, abordée dans l’introduction, plus haut.

Les stickers placés serrés les uns contre les autres et les couleurs noire et or, suggèrent l’appétence de notre temps pour l’accumulation et le luxe, au prix de grands déséquilibres…
Ici, tout se mélange, sérénité et frénésie, confort et insécurité, tradition et modernité, beauté du monde naturel et nature sous contrôle de l’homme, équilibre et chaos, comme un allégorie de la condition humaine.

Nanchuan DaoCheng :
Né en 1993, à Lijiang, au nord-ouest de la province du Yunnan, il appartient par son père, à l’ethnie Naxi (Nàxī zú). Il fait ses études à Kunming, capitale de province. Quand il part en 2015 à New-York, pour la Parsons School of Design, dans le quartier de Greenwich Village, c’est un choc culturel et personnel ! Par ses origines, les expériences et les rencontres vécues, les nouveaux espaces découverts et la génération numérique dont il est issu, cet artiste est en recherche d’équilibre de ce melting-pot intense. Au début de sa carrière artistique, il recherche un équilibre des différents héritages culturels, avec celui du monde digital.

Influencé dans un premier temps, par la culture street art après son expérience à New-York, il se coupe pendant 3 mois des réseaux sociaux pendant la pandémie, dans les montagnes près de Kunming. Il prend des notes, fait quelques ébauches sur son IPad, avant de revenir dans son atelier à Shanghai, pour peindre.
Sa palette de couleurs et l’apparition de coups de brosse sont nouvelles, donnant une esthétique plus surréaliste, par rapport à l’exposition précédente, fin 2020.

Construction # ;Crédit phot Art+Shanghai Gallery

Dans « Construction #1 », il propose sa vision, des traditionnelles représentations « Shānshuǐ », un peu moins sereines, car tout comme Ye HongXing, Nanchuan DaoCheng perçoit, un rythme de l’histoire qui s’accélère, ainsi que l’illusion totale, du contrôle sur le temps et « l’aspiration urgente à établir un nouvel équilibre après l’effondrement de l’ancien ».

Rappelons que les galeries d’art, ni simple commerce, ni même musée, sont essentielles à la reconnaissance des artistes, au marché de l’art, jusqu’à la compréhension plus large de celui-ci. Les galeristes qui les créent, les animent et leur construisent leur ADN propre, seront pour certains artistes, des « faiseurs de réussite ».

CINÉ -DÉBAT

Film « Douce France » par Geoffrey Couanon (2021).

Mardi 11 janvier 2022 à 18h45. Restaurant Magaroni Hongkou. Adresse : 122 Kunshan Lu/Zhapu lu, Hongkou district (昆山路122号近乍浦路 ).
Métro : Ligne 10, St. North Sichuan Road.
Contact : Christophe (18516077340) ou ADFEShanghai@outlook.com Prix : 80 RMB (membre), 120 RMB (non-membre).
Inscription : via Yoopay, scanner le code QR suivant.

Remboursement en cas d’annulation de l’événement.

Dans le cadre des rencontres mensuelles ciné-débat de l’ADFE-FDE (Français de l’Étranger) qui abordent des sujets sociétaux, environnementaux, historiques ou de santé, cette soirée évoquera au travers du film « Douce France », la sensibilisation de la nouvelle génération, aux enjeux environnementaux, perçus plus tôt qu’auparavant, par leur éducation, l’accès à l’information et leur propre observation. Ce film a reçu en 2020, le Grand Prix du Festival International du film d’environnement FReDD (Film, Recherche et Développement Durable).

Avant la projection qui débutera à 19h15, temps pour partager un repas bento inclus (menu à préciser lors de l’inscription). Elle sera suivie d’une discussion en français.

Présentation du film :
Amina, Sami et Jennyfer sont lycéens en banlieue parisienne, dans le 93.
A l’initiative de 3 de leurs professeurs, ils se lancent dans une enquête inattendue sur un gigantesque projet de parc de loisirs qui implique de bétonner les terres agricoles proches de chez eux.
Mais peut-on avoir le pouvoir d’agir sur un territoire quand on a 17 ans ?

Drôles et intrépides, ces néo-citoyens nous emmènent à la rencontre d’habitants de leur quartier, de promoteurs immobiliers, d’agriculteurs et même d’élus de l’Assemblée Nationale.
Une quête réjouissante qui bouscule les idées reçues et ravive notre lien à la terre !

Le Monde  : « Douce France balaie les clichés sur les jeunes qui auraient perdu le goût du débat et des idées. »
Les Fiches du cinéma : « D’interviews en réflexions, et ne ménageant pas leurs interlocuteurs, trois lycéens interrogent, entre humour et inquiétude, notre lien au territoire. Vivifiant et éclairant ».

RAPPEL

• Pour faire suite à l’article sur le Musée du Sport de Shanghai, dans le « CultureS Shanghai » paru en novembre, ce musée après l’histoire du Sport Moderne à Shanghai et en Chine, se replace dans l’actualité, en présentant, une exposition temporaire sur les Jeux Olympiques d’Hiver qui s’ouvrent à Beijing en février 2022 (sites de compétition, objets etc.) et notamment sur la participation de l’athlète Shanghaïen Shao Yijun à l’équipe de bobsleigh.
Exposition jusqu’en mars 2022. Réservation sur le site officiel Wechat (en anglais), du musée.

Françoise Bourry-Maugein
culture@shanghai-accueil.com