CultureS Shanghai

"CultureS Shanghai" Mars 2019

"CultureS Shanghai" Mars 2019

CultureS Shanghai

Mars 2019… Après la présentation de quelques grands musées de Shanghai ces derniers mois, CultureS Shanghai retrouve le chemin des galeries d’art qui apportent leurs propres couleurs, au patchwork de l’offre culturelle.
Sculpture chez ArtCN Gallery, peinture à la galerie Dumonteil, peinture/sculpture chez Art+ Shanghai Gallery, sans oublier un des événements du « Mois de la Francophonie » promu également par nos amis suisses et enfin du théâtre avec la Troupe Francophone de Shanghai.
Dans CultureS Shanghai ce mois-ci, des artistes hollandais, vietnamien, coréen, suisse,, français, Shanghai deviendrait-elle incontournable, pour la visibilité des artistes internationaux ?
La Fête du Printemps (春节 Chūnjié) passée, une nouvelle énergie s’empare de tout, alors sortons de notre chrysalide !!!

Peinture/sculpture

« Through the Maze : Navigating One’s Artist Path » par Lee Shang Hwa.

Jusqu’au 14 avril 2019. Art + Shanghai Gallery, du mardi au dimanche, de 10h à 19h.
Adresse :191, South Suzhou Road, Huangpu District.
Métro : Lignes 10 et 12, St. Tiantong road.
Tel : +86 21 6333 7223 ; Contact  : contact@artplusshanghai.com
Site : www.artplusshanghai.com

Cette fois encore, Art+ Shanghai Gallery mise sur la jeunesse, parce-que son regard est incisif, différent, vital et étonnamment profond. Lee Shang Hwa en est une parfaite illustration.

Lee Shang Hwa, 31 ans, est né à Séoul, (Corée du Sud). En 2004, il se forme à la « School of Performing Arts » de sa ville et complète sa formation en 2008, à la prestigieuse Académie Centrale des Beaux-Arts, la « CAFA » de Beijing, où il obtient son Master. Il a exposé en Chine (Des Art Gallery, Fangyuan Art Museum) et en Corée (Jeju Art Exhibition Hall). C’est sa première exposition solo. Il vit et travaille à Beijing.

(Crédit photo Andrea Martinez)
Lee Shang Hwa a un univers atypique, pourtant il n’a aucune considération pour la recherche d’un style propre, comme le font beaucoup d’artistes !
Profondeur et empathie émanent de l’ensemble, tout comme de son auteur. Sa foi, qu’il n’impose à personne est une source d’inspiration et de liberté. Il semble en effet, être libéré du poids du regard de l’Autre, tout en restant relié à lui. Il peut alors partager ses questionnements tellement humains, se jouer de nos repères et de nos codes collectifs.

Dans la série de petite taille « Creator’s Standard and Your Standard », ce qui ressemble à des cartes illustrées pour apprentissage du vocabulaire, perturbe nos conventions collectives : tel mot est associé à tel objet, couleur ou animal. Ici, le mot « RED » en bleu, illustre les hanzi « 绿色 », qui signifient, couleur verte. Sur une autre « 马卡龙 » (macaron), montre une pierre etc. Le lien avec la réflexion de René Magritte au travers de sa toile « Ceci n’est pas une pipe. », se fait évidemment. Qui décide de ce qui est vrai ou faux… de ce qu’est la vérité ?
Au-delà, Lee Shang Hwa se demande quel est notre espace de liberté, face aux conventions établies et acceptées ?

Dans la série « What do you live for ? », L’artiste joue avec les regardeurs. Ici les angles d’encadrement se retrouvent au centre de la toile et il nous questionne sur nos priorités…jusque sur la tranche de sa toile !

(Crédit photo Andrea Martinez)
Dans les séries «  Attempt » et « Different Life  », il nous rappelle aussi que la liberté est d’abord un état d’esprit, puisque nous sommes les premiers à nous imposer des limites, dans nos actions et notre réflexion.
Des 2 œuvres de la série « Different Life », qui fonctionnent en synergie, saurez-vous trouver celle qui représente, l’état de liberté possible ?
Ses peintures/sculptures incluent des cadenas et des encadrements autour de leurs représentations hyperréalistes, à l’huile. Le rendu visuel d’« Attempt » est efficace : représentation d’un trousseau de clés pesant et fourni entouré d’un carcan métallique, obturé par un vrai cadenas. Pour Lee, toutes ces clés rendent plus complexe, l’accès au chemin de notre Joie. Et se libérer du carcan ne nécessite qu’une clé, mais laquelle ?

« Yolo » conçu sur la base d’une maille synthétique, dont les espaces sont obturés, de centaines de touches multicolores de peinture acrylique, révèle au recul un labyrinthe flou et un peu fou, sans entrée ni sortie…D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Questionnement que l’on retrouve au centre de l’œuvre du bouleversant Boltanski. Même propos pour les puzzles/labyrinthe de la série « Maze » dans laquelle, chaque pièce est unique. La vue d’ensemble inaccessible est-elle vraiment utile ?

« Finding Cloud » partage un moment mystérieux de méditation du jeune artiste, qui semble la tête dans les étoiles et « les pieds de Lune » ! Technique mixte sur toile : peinture acrylique et sable spécial.

Mais ce sont les 2 très hautes toiles (acrylique et huile) « Almost Perfect State 1 » et « Almost Perfect State 2 », qui révèlent de manière surprenante, la source de toute inspiration et de toute joie, pour Lee Shang Hwa,
Sur la 1ère toile haute de 3m, le flot rouge du vin descend depuis le haut de la toile. Aucun obstacle, pas même celui de l’encadrement supérieur (le seul absent), ne semble gêner le flot depuis la Source. Aucune perte en chemin jusqu’à la bouteille millésimée 1988, année de naissance de l’artiste. Ne voyez pas d’hommage aux bacchanales bien-sûr, ici l’artiste témoigne au monde, sa foi ! Au travers du vin, symbole fort de la chrétienté, Lee dit « avoir tout reçu de Dieu et ne rien demander de plus, car nous avons déjà tout en nous, en attente d’être révélé »
Vous l’aurez compris dans la 2ème version, il n’en va pas de même pour le flot du précieux liquide rouge, qui malmené, arrive difficilement jusqu’à son réceptacle. Dans ce cas l’Être (représenté par la bouteille) ne cesse de demander, d’attendre et alimente une insatisfaction permanente qui perturbe son lien au sacré, à l’Essence. Les lignes deviennent troubles et se perdent, le lien est abîmé. Dans les 2 œuvres, le cadre supérieur est absent, car pour l’artiste, Dieu n’enferme pas, il ne coupe pas la possibilité du lien à l’Homme…

Remerciements à l’équipe Art+ Shanghai Gallery et à Yoon Sun Madre, pour sa traduction éclairée du coréen. Les transpositions de concepts métaphysiques ne sont pas toujours simples dans un autre langage.

Peinture

« Reminiscences of the Mekong River » par Le Trieu Dien

Jusqu’au 30 avril 2019. Galerie Dumonteil, du mardi au dimanche de 11h à 19h.
Adresse : Yong Ping Lane, 199 Hengshan Road (衡山路199号永平里105栋).
Métro : Lignes 10 et 12, St. Tiantong road.
Tel :+86 21 6418 6367 ; Contact : shanghai@dumonteil.com
Site : http://www.dumonteil.com

La galerie Dumonteil, présente depuis 2008 à Shanghai, inaugure sa 3ème localisation en 2017, dans un bâtiment des années 30.
Depuis cette inauguration et la rencontre de l’étonnant artiste laqueur français Wensen Qi, beaucoup d’autres artistes ont bénéficié de cette galerie de 300 m2, nichée au cœur d’un espace réhabilité de la Hengshan lu. Divisée en 3 parties (expositions permanentes, temporaires et espace bibliothèque), elle accueille peintres et sculpteurs d’aujourd’hui, même si sa spécialité pour laquelle elle est reconnue internationalement, reste la représentation animalière, que Pierre Dumonteil différencie de l’art animalier. Il y a 35 ans, il ouvrait avec sa femme Dothi qui fut l’égérie de Saint Laurent, leur 1ère galerie à Paris. Ils font le choix audacieux de remettre en lumière des artistes sculpteurs des années 30, oubliés, quelquefois dépréciés dans cette lutte entre abstraction et figuration. La galerie évoluera vers l’art contemporain et le design. Guyot, Rembrandt Bugatti (un des plus chers sculpteurs au monde), Jean-Marie Fiori, Artus, Picasso, le Gal, Wang Keping (un des 5 * « xing xing » des fondateurs de l’Art Contemporain chinois), Fuentes, Pompon etc. sont ses artistes préférés.
Son fils Dorian apporte depuis quelques années, sa vision et ses compétences auprès des 3 galeries (Paris, Shanghai, Hong-Kong).

Pierre Dumonteil accueille aujourd’hui, Le Trieu Dien, peintre vietnamien de 75 ans. Il présente pour la 1ère fois en solo show, cet artiste découvert il y a des années chez un ami. Il le retrouve en 2001 dans son atelier, c’est un coup de cœur ! Il lui achète toutes ses toiles (+ d’une cinquantaine). Il a compris son authenticité, dans un marché où les artistes vietnamiens font le choix plus rémunérateur, de la peinture touristique et perdent un peu de leur âme, pour nourrir leur corps… Autant dire que le choix de l’artiste conditionnait la sobriété ! Le Trieu Dien vit et travaille à Ho Chi Minh. 3 thèmes lui sont chers :

  • Le souvenir et le respect des ancêtres (thème très confucéen).
  • L’enrichissement physique ou figuré, par les alluvions du Mékong. Thème de la destruction/renaissance.
  • Le Chamanisme ou le rapport de l’Homme à la Nature et au monde des esprits. Son mysticisme est présent, même si non structuré religieusement. On peut parler d’une approche animiste, illustrée par exemple par ses personnages totémiques.

On retrouve dans sa peinture une gamme chromatique variée, aux couleurs des fruits, fleurs et de la végétation du Vietnam, puissantes mais jamais agressives.
Certains éléments reviennent dans son travail : l’homme stylisé, ressemblant aux représentations des cultures précolombiennes, le poisson, nourriture physique et spirituelle, ainsi que le flux de la rivière et quelques animaux mythiques comme le dragon, si cher à l’Asie.

Tout s’illustre au travers de ses toiles et des titres choisis : « Old Temple », « Flow », « Alluvial  », « Mekong », « Delta  » etc.
Les 15 toiles de Le Trieu Dien sont une ode à la vie et aux esprits si présents dans la nature, l’histoire et la culture vietnamienne.
Pierre Dumonteil me confiera avec raison que « la peinture elle-même, n’a pas besoin d’être expliquée pour exister  ». Face à l’œuvre, les sens en éveil feront naître l’émotion, alors dans un 2ème temps, le cérébral pourra compléter et affiner notre regard.

Sculpture

« Self Reflection » par Ronald A. Westerhuis.

Jusqu’au 21 avril 2019. ArtCNGallery, du mardi au dimanche 11h à 18h
Adresse : 876, Jiangsu Road près de Huashan Road,上海市江苏路876号,近华山路
Métro : Lignes 10/11 (st. JiaotongUniversity). Tel : +86 21 6167 3917.
Contact  : contact@annececilenoique-art.com
Pour + d’infos : www.annececilenoique-art.com

ArtCN accueille Ronald A. Westerhuis, artiste sculpteur hollandais de 47 ans.
La Chine n’est pas une découverte pour lui, puisque l’état lui commande en 2005, LA flamme, pour les Jeux Olympiques de Beijing, de 2008. C’est aussi un créateur de projets nationaux ou internationaux, de sculptures monumentales en acier.
L’œuvre de Ronald est présent dans les galeries et les jardins de sculptures, aux Pays-Bas, en Angleterre, Belgique, Amérique et Chine.
Mais bien avant cette 2ème vie, il travaille sur une plate-forme pétrolière off-shore. C’est là qu’il découvre son attrait pour l’acier inoxydable, qu’il travaille à ses heures perdues. Il se fascine aussi pour le monumental, dans ce lieu de démesure.
Pourquoi le choix du monumental ? « Parce qu’il donne une identité à l’espace, un impact émotionnel plus fort  ». C’est aussi le thème d’un ouvrage retraçant son travail : « Size Does Matter ».
Ceci est parfaitement illustré par son projet sélectionné « MH17 ». Il le réalise pour un mémorial aux victimes du crash d’un avion, de la Malaysia Airlines en 2014, parmi lesquelles de nombreux Hollandais. 60% de la population hollandaise connaissait l’une des victimes. Sa création monumentale « MH17 » est devenue 1 des 5 monuments nationaux des Pays-Bas.
Un aperçu : https://www.youtube.com/watch?v=erd2DININtc
Malgré son attraction pour l’acier inoxydable, Ronald A. Westerhuis dit qu’il reste un matériau difficile à travailler. « The Other Side III  » a nécessité 800 h de ponçage !

Après avoir découpé, brossé, lustré, martelé cet alliage métallique enrichi de chrome, l’artiste lui offre pour certaines pièces et pour la 1ère fois, un habit de couleur, grâce à la résine d’époxy : rouge Chine (bien-sûr !), violet etc. Après des mois de travail dans son atelier aux Pays-Bas et auprès des familles des victimes du MH17, la vie et la couleur devaient vite reprendre le dessus… Le disque ou la sphère (ici de 150 cm de diamètre), formes privilégiées de l’artiste, conviennent parfaitement au Fēng shuǐ chinois. Mais l’intérêt de ce travail réside aussi et peut-être surtout, sur les illusions d’optique qu’il procure au regardeur.
En effet, des ½ sphères en négatif sont façonnées et quand vous éloignez votre main vers le fond de la sphère, elle semble revenir par le côté.

Ces illusions d’optique et la couleur modifient la manière dont les personnes se perçoivent et cela déclenche différentes sensations et émotions.
Pour l’artiste, « en se voyant différent, on se pense différent ».
Vous reconnaitrez aussi une « pierre de Lettrés » symbole de la Chine traditionnelle.
« Vortex II » et « Gold Diamond » sont étonnants !

Dans une nouvelle série expérimentale : « Day Break », Ronald A. Westerhuis ne joue plus sur la modification de notre perception des formes mais des couleurs, grâce au titanium (dégradé du bleu au vert).

Œuvres à découvrir et effets d’illusion à tester sur place !
C’est la 3ème exposition à Shanghai de l’artiste et sa 2ème (en 2012) dans cet espace, quand il était encore l’atelier de l’artiste français Christian de Laubadère.

Théâtre

« La Réunification des Deux » par la Troupe Francophone de Shanghai.

28,29,30 mars 2019 à 20h et dimanche 31 mars à 15h. Théâtre de l’Abattoir 1933
Adresse : 10, Shajing Road, Hongkou district
Métro : Lignes 10 (st. Sichuan North road) ou ligne 12 (st. International Passenger transport center)
Tel : +86 21 138 1789 2440.
Prix : 100 et 150 RMB. Réservation en numérisant le code QR sur l’affiche.

Pour sa vingt et unième année d’existence, la Troupe francophone de Shanghai présente neuf
scènes issues de La Réunification des deux Corée.
Elle a souhaité enrichir son répertoire en se confrontant à ce texte, avec modestie et
passion...
"Modestie, car travailler sur La Réunification des deux Corée ne va pas pour les acteurs sans une certaine mise en danger, en allant chercher au fond de soi ces émotions, ces sensations qu’il faudra bien transmettre au public, au-delà de nos pudeurs".
"Comme le dit l’auteur, « L’une des vocations de l’art n’est-elle pas de nous confronter à une
dimension de la réalité différente de celle dans laquelle l’on vit tous les jours, guidés par nos perceptions souvent cloisonnées."

Mise en scène : Michèle Planel, comédiens : Cécilia Vermeulen, Julie Desné, Marie Chavanon, Perrine Bouhot, Virginie Knight, Lian Zhang, Mathieu Constant-Duquesnoy, Nicolas Monge, Xavier Trébuchet.

Régie technique : Jeff Ragot.

"Créée en 2013, La Réunification des deux Corée est
une mosaïque de vingt fragments du discours amoureux. Avec réalisme et humour,
un humour souvent retenu, Joël Pommerat y explore la complexité des liens
humains, plus particulièrement autour du mythe de l’amour.
À travers une série de situations concrètes, avec une écriture banalement quotidienne dans sa
forme, l’auteur metteur en scène met en jeu les possibles de nos affections, de
l’obsession au manque, en passant par le quiproquo, le marchandage, la pulsion
ou la rupture.
La pièce interroge la relation amoureuse et plus largement le rapport à l’autre, ainsi que l’engagement qu’il
suppose : engagement désiré, subi, fantasmé, oublié, comme la scène de cette femme amnésique qui chaque jour redécouvre lors de la visite de son époux qu’elle est mariée, qu’elle a des enfants, qu’ils s’aiment …
Que la situation soit comique, tragique ou angoissante, chaque échange est une petite mécanique glissante qui dévoile des réalités soudain vertigineuses. Une noce est interrompue par la sœur de la mariée qui revendique d’aimer elle aussi le marié. La suite montrera qu’il a déjà échangé des baisers lors de soirées et qu’il s’agit peut-être d’une simple drague d’adolescent avec les quatre sœurs… Une secrétaire qui s’est
endormie dans la chambre de son patron se demande si un viol a eu lieu et se déclare peut-être intéressée à poursuivre s’il avoue la relation…
L’ambiguïté se tisse de plus en plus serrée au fil des échanges tendus, devenus absurdes à force de reprises et de variations infimes. Les situations de malaise s’installent magnifiquement et sont vraiment le sel de ce spectacle".
(Photos de la troupe dans sa prestation, l’année dernière).
Comment résister à cette histoire, aux acteurs, au théâtre ?!

Rappels :

  • Apprécier l’art au grand air, c’est possible. Venez faire un tour au Jing’ An Sculpture Park, afin de voir sa sélection d’œuvres, toujours renouvelée.

À bientôt…
Françoise Maugein culture@shanghai-accueil.com