CultureS Shanghai

CultureS Shanghai Novembre 2019

CultureS Shanghai Novembre 2019

CultureS Shanghai

Novembre 2019...Depuis l’antiquité, le calendrier solaire chinois divisé en 24 parties ou Jiéqì (节气), sert à marquer le cours du temps et le changement des saisons. Outil indispensable au monde agricole et plus largement au quotidien des Chinois, il fait partie pleinement de leur culture.

Cette année le 8 novembre initie la 1ère des 6 phases de l’hiver…mais cela ne nous empêchera pas de sortir à la découverte de nouveaux lieux de culture comme la « Cha House » ou d’événements artistiques

MULTIMEDIA

« Shanghai Chapters » par Redic.

Jusqu’au 8 décembre 2019. Cha House, du mardi au dimanche, de 10h à 17h.
Adresse : 420 Weihai Lu, by Shaanxi Bei Lu (威海路420号, 近陕西北路), Jing’an District.
Métro : Lignes 2, 12 et 13, St. Nanjing West Road.
Contact : nicole.zhao@leocommunications.cn
Entrée : 78 RMB (prévente par code QR) et 88 RMB (sur place)

« Cha House » : Shanghai, dans sa course folle vers le modernisme, a pris conscience ces dernières années du potentiel de son patrimoine historique. Tout en effaçant encore des traces de son passé, elle réhabilite des bâtiments qu’elle transforme en lieux de culture. « Cha House » est de ceux-là. Construite en 1920, elle appartenait à deux frères Qiu Xinshan et Qiu Weiqing, hommes d’affaires dans l’industrie de la teinture. Plusieurs fois remaniée, elle était constituée à l’origine, de 2 bâtiments Est et Ouest où logeaient chaque frère et sa famille. L’aile Ouest sera ensuite détruite, libérant de l’espace pour le nouveau collège Minli. Elle est un mélange de style typique du Sud du Yangtsé et de style baroque.
« Cha House » possède 4 étages et un bel ascenseur d’époque.

En 1999, elle a été nommée « Bâtiment historique exceptionnel ».
En 2002, le site de Dazhongli où se trouve la « Cha House » est acheté par le conglomérat hongkongais HKR International pour 1,3 milliard de RMB. La construction d’un centre commercial rendue compliquée par ce bâtiment historique, il est décidé de le déplacer « tout simplement » de 57 m vers la Weihai lu, le 26 janvier 2010, à 1,2 m/h sur des vérins hydrauliques ! Technique maîtrisée et déjà utilisée à Shanghai sur un bâtiment du temple du Bouddha de Jade ou sur le Shanghai Concert Hall. Le bâtiment a été renommé « Cha House » en mémoire du Dr Cha Chi Ming, industriel philanthrope et fondateur de HKR International, né en 1914 dans le Zhejiang et qui avait fait fortune notamment à Hong-Kong. Ce lieu est destiné à recevoir des événements culturels ou autres.
Il est possible de visiter la maison hors expo via une réservation Wechat.

Pour sa première exposition artistique, « Cha House » présente l’artiste américain Redic qui nous propose une expérience multisensorielle. Shanghaien depuis 9 ans, il fait partie de cette jeunesse qui a su saisir les opportunités de cette ville curieuse de tout et dans tous les domaines. Né à Chicago, Redic est diplômé du fameux Morehouse College à Atlanta qui offrait autrefois une éducation supérieure aux afro-américains, lors des lois ségrégationnistes. Martin Luther King, Samuel L. Jackson ou Spike Lee y furent étudiants.

Redic conçoit à Los Angeles ses premières œuvres à partir d’objets abandonnés. Véritable artiste multidisciplinaire puisqu’il est peintre, sculpteur, designer, poète, compositeur, lyriciste et chanteur, il partage ici ses expériences à Shanghai,(« amour, amitié, chagrin, échec et triomphe »). Shanghai est pour lui, la seule ville qui rassemble aussi bien le Monde… en Chine !

Ses sculptures sont faites d’objets trouvés uniquement dans sa ville d’adoption (fauteuils, portes, mannequin etc), « mais jamais dans une poubelle ». Chacun d’eux ayant une histoire, il les assemble, les peint et les sculpte, leur donnant ainsi une nouvelle vie et un regain d’intérêt, pour les yeux blasés des consommateurs que nous sommes parfois.

L’esthétique de l’Afrique sub-saharienne est présente par ses formes et ses couleurs ou la représentation du « trône », symbole fort du pouvoir au sein du clan. Mais bien au-delà de ses racines africaines, Redic partage son « amour de la Vie », véritable fil rouge de son travail. Ses amis artistes présents lors du vernissage, parlent de son énergie positive et de son plaisir dans la collaboration entre artistes. Il l’illustre par un travail avec un photographe (« Joyfull ») et un spécialiste du parfum, puisque quand l’artiste partage une œuvre, tout ce qui génère de l’émotion doit être sollicité.

9 séries (« Throne » « Bamboo » « Human Experience »…) sur 2 étages dans un lieu d’histoire vous attendent. Informations et accompagnement par l’artiste Redic (musique, chant etc) sont accessibles pour chaque œuvre via votre smartphone (code QR et écouteurs sont fournis). Les salles sont assombries pour une meilleure immersion et une lampe UV vous permettra de modifier votre perception.

Entrez dans l’univers de Redic un peu fantasmagorique, comme sa chambre (photo grand format) ou sa présentation chantée, de quelques œuvres avec sa voix puissante façon Gospel, lors de notre rencontre.

Si vous entrez dans le Sukhothai Hotel voisin, auquel la Cha House est liée, vous pourrez découvrir une œuvre récente, dans le restaurant la Scala, de l’artiste français Christian de Laubadère, ex Shanghaien et connu pour ses délicates « Nuques » chinoises.

« Being Time′ The Time Being » Nouvelles séries par Ye Hongxing.

Jusqu’au 30 décembre 2019. Art + Shanghai Gallery, du mardi au dimanche, de 10h à 19h.
Adresse :191, Nan Suzhou lu/Sichuan lu, Huangpu District.
Métro : Lignes 10 et 12, St. Tiantong road.
Tel : +86 21 6333 7223 ; Contact : contact@artplusshanghai.com
Site  : www.artplusshanghai.com

Ye Hongxing est une artiste établie parmi ceux qui contribuent à l’art contemporain chinois, elle est donc une valeur sûre d’Art+ Shanghai Gallery.
Son esthétique unique lui a valu une reconnaissance internationale. Elle est recherchée par les collectionneurs et a même collaboré avec le designer Christian Louboutin. Dans le monde people chinois (à l’instar du magazine SKP), elle est désignée « Femme d’avenir ». C’est donc toujours un événement quand elle revient à Shanghai.

Ye Hongxing, née en 1972 dans la province du Guangxi, est diplômée d’art de la Guilin Normal University (BFA : « Bac » +5). Elle obtient ensuite le précieux Master (+7 !) de l’Académie Centrale des Beaux-Arts de Beijing, pour le département de gravure. Elle commence alors sa carrière comme artiste en résidence dans le parc de sculptures « Yuzile », de Guilin. Elle reviendra vivre à Beijing quelques années mais c’est maintenant à Guilin, qu’elle vit et travaille le plus souvent.
Elle expose dans des galeries en Chine, en Europe et aux États-Unis, ainsi que dans des foires internationales (Paris Art Fair, London Art Fair, Art Central Hong Kong, SH Contemporary Art Fair etc.) et des musées.
Ye Hongxing a reçu plusieurs prix dont le Dragon Air Emerging Chinese Artist Award (2006).

Pour ses 3 nouvelles séries de « Being Time’ The Time Being », Ye Hongxing réinvente son langage artistique, les techniques sont les mêmes mais la palette de couleurs change et la peinture est plus visible sur ses toiles comme pour «  Diamonds and Rust » et « Red Curtain ». Dans cette dernière série, nous sommes témoins de ce qui est derrière le voile rouge (symbole de la Chine mais aussi de l’artiste…). Cette frontière pourtant fragile ne nous donne pas l’accès à ce qui doit rester mystérieux.

Si dans un 1er temps, son travail représentait une société gaie et frivole, par l’utilisation de stickers éclatants et colorés (matériau courant et du monde de l’enfant), elle intégrera plus tard sur ses toiles ou sculptures, des sujets sociétaux qui la touchent : le pouvoir, le féminisme, l’environnement…Son langage est aujourd’hui plus sobre par l’utilisation de stickers noirs et blancs et moins dans l’accumulation grâce aux espaces libres de stickers qui donnent « une respiration à la toile ». Ye Hongxing se réfère aujourd’hui plus à l’imagerie asiatique, comme dans la série « Ksana » où une créature à la fois végétale et animale suspend son vol…tout comme le Temps pour Alphonse !

"Ksana"

Peut-être verrez-vous le petit voyageur aux 2 valises dans la plupart de ses œuvres, comme un fil conducteur, une exigence à ne jamais s’installer dans ce qui est facile ou maîtrisé. On le sait, tous les voyages quelles que soient leurs dimensions, tous les départs, exigent tout de nous…

« Being Time’ The Time Being » pour signifier que la notion de temps est conditionnée à celle de notre existence : si nous ne sommes pas, la notion de temps n’existe(rait) pas en soi. Mention spéciale pour la série « Nebula » qui rappelle les mécanismes complexes d’une horlogerie sophistiquée et bien mystérieuse.

L’artiste travaille tous les jours comme une discipline, mais s’accorde une improvisation totale dans l’évolution d’une œuvre en cours. Elle ne planifie donc pas le rendu final de son travail et associe pendant des heures et des jours, de minuscules stickers, vérifiant toujours leur harmonie avec ce qui est déjà. Elle parle d’un travail méditatif, sans consonance religieuse. Elle incruste aussi dans ces nouvelles séries, des toiles choisies et découpées avec précision.
Mais Ye Hongxing travaille bien d’autres matières comme la pierre, le marbre blanc, les tissus industriels, des figurines, de la feuille d’or ou d’argent.

Technique : Tout commence par un croquis, puis une réalisation virtuelle par ordinateur. Les zones de couleur sont délimitées sur la toile grâce à la peinture acrylique et commence alors le très long travail du collage de stickers dont Ye Hongxing a accumulé une variété et une quantité importante, d’origines diverses (usines, papeteries, magasins de décoration). L’ensemble sera ensuite protégé par une résine appliquée au pinceau ou au rouleau.

Ye Hongxing ne se sent pas investie d’une mission en tant qu’artiste, elle vit à travers l’art et utilise ce moyen d’expression pour témoigner de son temps.
Son travail exprime sa rigueur mais aussi toute sa délicatesse, son élégance et son mystère…

FOIRES D’ART CONTEMPORAIN

Il est venu le temps des « Foires » et c’est le moment pour mieux comprendre ce qui caractérise ou unit ces 2 événements majeurs pour les collectionneurs et les amateurs d’art sur la place de Shanghai, que sont « Art 021 » et « West Bund Art & Design ».

Si la 1ère citée est la plus ancienne, l’origine de chacune va conditionner sa forme et son atmosphère. Elles intègrent toutes deux, un lieu d’histoire de Shanghai.
La synergie des 2 foires d’art contemporain permettra à certaines galeries sur les 2 sites, de présenter l’ensemble de leurs artistes dans l’une et de mettre en lumière par un solo show, un artiste clé dans l’autre. On note que le dynamisme de la scène artistique chinoise est tel, qu’il rejaillit favorablement sur l’avenir d’Art 021, malgré sa plus modeste surface d’exposition et sa visée moins internationale.
Les 2 événements garantissent bien sûr, la qualité voire l’excellence…

Art 021 : Fondée en 2013, la foire ART021 d’art contemporain de Shanghai se concentre principalement sur la scène artistique chinoise tout en ayant une « perspective globale » par les grandes galeries, institutions ou artistes internationaux. Ses fondateurs sont plutôt issus du monde de la mode et du luxe.
Elle se situe le long de la Yan’an lu (N°1000), dans le Shanghai Exhibition Center construit en 1955 et ouvert en 1958.
Ce fut le 1er gratte-ciel de Chine avec ses 110m (grâce à sa haute flèche !)

West Bund Art & Design  : Fondée en 2014, elle est l’idée de l’artiste Zhou Tiehai qui la dirige. Sa visée plus internationale et une surface d’exposition considérable, en font « la plus grande et la plus prestigieuse exposition d’art de Shanghai ».
Elle se présente sous la forme d’une structure principale d’origine qui rassemble les plus grandes galeries comme Perrotin, Hawer§Wirth ou Pearl Lam Gallery et de 3 attenantes, nécessaires à l’augmentation de la surface d’exposition. Ce site fut une ancienne usine aéronautique sur l’aéroport de Longhua, le 1er à Shanghai qui a fonctionné de 1930 à 1966.

West Bund Art & Design présente aussi des sociétés de design chinoises et étrangères. Des projets sur des lieux plus éloignés sont menés par certains artistes, le temps de la foire. West Bund Art & Design en 2018 c’était 115 galeries représentant 43 pays sur 20 000 m2 !
(Merci à Caroline Boudehen pour son éclairage).

Et un nouvel espace sur la scène artistique shanghaienne…

MUSÉE

« Centre Pompidou x West Bund

Centre Pompidou x West Bund Museum, Shanghai © DR

Adresse : 2600 Longteng Dadao/ Longteng Lu
龙腾大道2600号, 近龙腾路, Xuhui District. Ouverture : du Mardi au dimanche de 10h à 17h.
Métro : Ligne 11, St. Longyao road.

Ce 8 novembre, a lieu un autre événement sur le site du West Bund, l’ouverture au public du Centre Pompidou de Shanghai, inauguré le 5 par le président français Emmanuel Macron. Cet événement pensé dès 2006, marque la place majeure de la France sur le plan culturel, pour la Chine, mais également une volonté de collaboration gagnante de part et d’autre.
C’est la première implantation hors d’Europe du musée, après Malaga et Bruxelles.
L’architecte britannique David Chipperfield a pensé ces 2500 m2 d’exposition et de lieu de rencontre, en tout près de 25 000m2, sur les rives du Huangpu, bénéficiant de la synergie du West Bund dédié depuis 2014 à l’art Contemporain.
À noter que ce musée est « une antenne provisoire pour 5 ans renouvelables ».

Cette 1ère exposition intitulée « The Shape of Time » fera découvrir ou redécouvrir au public, une centaine d’œuvres du Centre national d’art et de culture Pompidou issues du XXe et XXIe.

Le succès devrait être là et comme Shanghai aime la nouveauté, attendez un peu… afin de découvrir dans de bonnes conditions, les œuvres de Soulages, Duchamp, Miro, Picasso, Kandinsky ou Boltansky.

Rappel :

Match impro

La ligue d’improvisation francophone d’Asie (lifa) nous propose son 1er match de joute théâtrale.
Ce sera l’équipe de Hong-Kong contre celle de Shanghai ! Une belle soirée sous le signe de la créativité et de la réactivité.
Ce samedi 9 novembre, au Red Cactus au 753 Yuyuan lu building C, 19h (voir affiche).

À bientôt

Françoise Maugein
culture@shanghai-accueil.com