CultureS Shanghai

CultureS Shanghai Novembre 2021

CultureS Shanghai Novembre 2021

CultureS Shanghai

(Pour un format de lecture plus confortable, lire sur le site de Shanghai Accueil via : https://www.shanghai-accueil.com/CultureS-Shanghai-Novembre-2021).

Novembre 2021, Shanghai… l’automne tire sa révérence pour laisser place dans le calendrier traditionnel chinois, à la 1ère des 6 périodes (Jiéqì) de l’hiver : « Lì dōng » (立冬), le 7 novembre. Ici, la Tradition a toute sa place, plutôt sereine, puisque l’histoire lui assure sa légitimité… Mais la modernité n’a pas dit son dernier mot, car en novembre, l’art contemporain s’expose partout dans la ville, le temps des foires West Bund Art & Design pour sa 8ème édition (http://www.westbundshanghai.com)et Art021 (https://www.art021.org/en/), du 11 au 14 !

CultureS Shanghai vous présente ce mois-ci, un lieu stratégique et central dans l’histoire de Shanghai, depuis le XIXe.
Aujourd’hui divisé par l’avenue du Peuple, cet espace devient la Place du Peuple (Rénmín GuǎngChǎng : 人民广场), au sud et le Parc du Peuple (Rénmín GōngYuán : 人民公园), au nord.
Son importance s’illustre autant par la présence de bâtiments où siègent les pouvoirs politique et économique (gouvernement de Shanghai, directions d’entreprises etc.) que par celle d’institutions muséales (pas moins de 4, dont 3 de 1er plan) ou artistique (MoCA Shanghai). Il détient aussi, les témoignages architecturaux de l’histoire si particulière de Shanghai.

Découvrons ou redécouvrons, 3 de ses institutions muséales (Shanghai Sports Museum, Shanghai Museum, Shanghai History Museum/ Shanghai Revolution Museum) et « LE » centre de Shanghai, puisque le Park Hotel fut retenu comme point 0 à partir duquel, toute distance kilométrique avec la ville était calculée.

MUSÉES

Shanghai Sports Museum.

Du mardi au dimanche, 9h-11h30 (dernière entrée 11h), 14h-16h30 (dernière entrée 16h).
Adresse : 150, Nanjing Xi Lu, Huangpu district.
Métro : Lignes 1,2,8 Station People Square sortie 8.
Entrée libre (après réservation par site officiel Wechat, possible en anglais).
Tel : +86 21 6488-0567. Wifi gratuit sur place.

Repensé et réorganisé pendant 3 ans, Shanghai Sports Museum a réouvert ses portes en juillet 2021. Un musée dédié à la culture du sport, ce n’est pas si courant et ces 1813 m2 ne sont pas excessifs, pour partager avec le public, l’histoire, certaines avancées technologiques, les hommes et les femmes, acteurs de prouesses autant physiques que mentales.
En résumé, le moyen de découvrir les 100 ans du sport à Shanghai et comme c’est ici que naît le sport moderne en Chine, ce nouvel espace a toute sa place, dans l’offre muséale pléthorique de la ville. Beijing est également évoqué, ses Jeux Olympiques en 2008, étant les premiers organisés par la Chine !

1200 objets et 500 images, certains uniques, d’autres surprenants, illustreront votre parcours divisé en 4 salles d’exposition principales : « A Retrospect of History », « Olympic Glory of Shanghai », « A City Full of Vitality » et « A Window to the Future ».

Le bâtiment choisi a du sens puisqu’il fut le siège du Foreign YMCA.

Young Men’s Christian Association : mouvement de jeunesse chrétien et masculin à l’origine, fondé en 1844 à Londres. Il est présent aujourd’hui dans 124 pays.
YMCA serait le plus important mouvement international de jeunesse et dans ses structures, ont été inventés le basket-ball et le volley-ball !
Le logo d’origine fait d’un triangle, symbolisait l’équilibre entre « le corps, l’intellect et la spiritualité ».

(crédit photos 3 et 4 : S.Jonnier)
Ouvert en 1928, Foreign YMCA proposait à la jeunesse étrangère de Shanghai, des activités, des rencontres permettant de développer en quelque sorte, « un esprit sain dans un corps sain ». Il possédait par exemple, l’une des premières piscines chauffées de Shanghai.
En octobre 1953, le bâtiment est attribué au Comité Municipal des Sports de Shanghai. Il est référencé et protégé depuis le 25 septembre 1989, comme relique culturelle, par le gouvernement populaire de Shanghai.

Un peu plus loin, l’imposant Chinese YMCA building (aujourd’hui Jinjiang Metropolo Hotel Classiq YMCA), de briques rouges et de style « Renaissance chinoise », associant les codes et connaissances de la Chine et de l’Occident, était celui de la jeunesse chinoise, masculine elle aussi.

F1  : « A Retrospect of History »
Après le hall d’entrée, 29 porcelaines symbolisent les 29 disciplines sportives, des 29èmes Jeux Olympiques de Beijing en 2008, le voyage dans le temps et la culture du sport commence…

Les vitrines évoquent au travers d’objets, de photographies, d’équipements ou d’affiches, l’arrivée des activités sportives modernes en Chine, par les anciennes Concessions étrangères de Shanghai, grâce aux écoles, clubs ou associations sportives et des compétitions organisées.

C’est le cas de l’aviron, l’une des premières (depuis 1852), dont les 2 compétitions annuelles (printemps et automne) se firent sur le fleuve Huangpu, avant d’être déplacées sur la rivière Suzhou, la gymnastique (St John’s College, China Gymnastic School fondée en1907, la 1ère à entraîner des gymnastes professionnels etc.), les jeux de balles, l’escrime, la natation, le basket ou les activités sur la glace, le tennis de table etc.

Pour chacune des disciplines, les équipements, par leur design, leurs matériaux, leurs avancées technologiques signent leurs temps.

Observez la protection des escrimeurs, les patins à glace (1950-60), les maillots des nageuses australiennes, en 1908. Le tricot était de rigueur…quelques progrès sur l’hydrodynamique et l’esthétique depuis !

D’anciens écrans, que les enfants découvriront peut-être pour la 1ère fois, diffusent des compétions nationales ou internationales historiques, comme les « Far East Games ».

Dans la salle suivante, ouvrez les tiroirs des vitrines centrales pour accéder aux vidéos interactives : « Modern Sports Figure in Shanghai », « Shanghai Modern Sports Events », « A Glimpse of Modern Sports in Shanghai ».
On évoque aussi les associations sportives chinoises ou personnages emblématiques, ayant œuvré pour la diffusion du sport moderne en Chine, comme Chen ShiShao qui fonde en 1912, la branche féminine de la célèbre école d’arts martiaux chinois Chin Woo, la « Shanghai Women Chin Woo Athletic Federation », une vraie prouesse, dans une Chine tout juste libérée du joug du féodalisme et de son dernier empereur Qing.

F2 : « Olympic Glory of Shanghai  ».

Avant de découvrir le rappel historique des premiers Jeux Olympiques en Grèce et de leur renaissance à la période moderne, grâce au Français Charles-Pierre Fredy, baron de Coubertin, celui-là même qui contribua aussi à l’introduction du sport dans les écoles de nos enfants, observez cette grande salle où de nombreuses vitrines richement garnies, s’organisent en ligne.

Vous êtes dans la salle de bal du Foreign YMCA, où sur ce plancher une fois l’an, dansaient les jeunes hommes de l’association, avec des jeunes filles, exceptionnellement admises pour l’événement, avec chaperon bien sûr et à des heures décentes (15h-18h) !

Dans cette salle, on évoque quelques grands sites des Jeux Olympiques, comme Helsinki (1952), Salt Lake (2002) et bien sûr Beijing (2008),

au travers d’objets symboliques comme l’Olympic Flame Lantern qui conserva la précieuse flamme, venue de l’antique Olympie, le « fou drum » percussion traditionnelle et modernisée pour la cérémonie d’ouverture des Jeux de Beijing, des pièces de monnaie en cuivre, d’il y a 2 300 ans, qui commémoraient déjà ces Jeux de la Grèce antique, des timbres des premiers Jeux Olympiques modernes.

Mascottes, logos, affiches signent comme pour les expositions internationales, une époque, un pays, une culture.

F3 : « A City Full of Vitality ».

Dans cette salle, 2 fois/j (10h30-15h), une animation de 5’ est projetée sur le mur et le bord des vitrines présentes, pendant que les visiteurs sont assis sur les gradins à droite de l’entrée.

Ici, c’est une salle à l’image de certaines scénographies d’aujourd’hui, qui « se doivent » d’intégrer des éléments glamour pour les visiteurs : chaussures d’Usain Bolt ou d’Allyson Felix, photographies, autographes ou objets particuliers de différentes disciplines (athlétisme, cyclisme, football, golf, tennis de table et même billard. Oui ce serait un sport, par l’amélioration de la condition psychique, des relations sociales et de l’activité physique qu’il conditionne !)

Puis redescente par un escalier, vers une petite salle qui expose les plans de ce bâtiment historique. Plus loin, on parle d’avenir (« A Window to the Future ») et un petit kiosque-boutique termine la visite.

Une belle découverte et expérience pour les visiteurs, même sportifs occasionnels, dans ce musée nouvellement réhabilité, où un riche fond d’objets, photos, vidéos, journaux et reliques facilite la découverte de la « culture sportive ».
Non ce n’est pas antinomique !

Shanghai History Museum/ Shanghai Revolution Museum.

Adresse : 325 Nanjing Xi, by Huangpi Bei Lu, Huangpu district 南京西路325号, 近黄陂北路
Métro : Ligne1, 2 et 8. Station : People Square, sortie 11. Du mardi au dimanche, de 9h à 17h. Entrée libre (sauf certaines expositions temporaires).
Site  : www.historymuseum.sh.cn Tel  : +86216323 2504
Wifi gratuit. Audio guide : 20 RMB (mandarin, anglais, Shanghaien !)
Dépliant en anglais au guichet.

Ouvert depuis mars 2018, le Shanghai History Museum retrace l’histoire de son destin remarquable, de l’époque néolithique (- 4000 av J.C) à la fondation de la République populaire de Chine (1949). Il occupe l’espace et les bâtiments rénovés, de l’ancien « Shanghai Race Club » britannique, le « SRC » de 1934 avec son clocher si reconnaissable, ainsi qu’à l’ouest, un bâtiment néo-classique (1925/1928), sur le pourtour de la Place du Peuple, ancien champ de courses hippiques.

Shanghai History Museum en chiffres c’est : 9800 m2 d’exposition, 1100 objets dont 80% exposés au public pour la 1ère fois, 50 points multimédias et
3 millions de visiteurs prévus chaque année…
Certaines réorganisations des départements sont toujours possibles.

F1 : Accueil, salles d’exposition temporaire.
F2  : « Ancien Shanghai ».
F3 et F4  : « Shanghai Moderne ».
En montant les étages, vous avancez donc dans le temps !
F5 : Un dernier étage pour une très belle vue sur « Rénmín guǎngchǎng », la Place du Peuple ! Un restaurant à votre disposition (changement de propriétaire possible).

F1  : Dans le grand hall, les 2 lions installés depuis 1923 à l’entrée de la banque HSBC sur le Bund, vous accueillent désormais.
À gauche, « Stephen  » rugissant symbolisait la protection…de votre argent bien-sûr !
À droite, «  Stitt » bien plus calme, symbolisait la sécurité. Le spectacle commence entre eux 2.

Un grand écran retrace les moments clés de l’histoire de Shanghai, avec une frise des dynasties et périodes de la République, pour vous repérer.
Prenez le temps de visionner les 6’, ce n’est pas superflu !
À gauche, un grand écran tactile à LED, vous expliquera par images dynamiques, la formation géologique de Shanghai et vous comprendrez visuellement que Pudong n’a pas toujours été là. Plus loin la maquette du Shanghai Race Club : il vous faudra imaginer les gradins accrochés sur sa façade est, où se retrouvait la communauté étrangère, pour des mondanités ou des paris passionnés, sur les courses hippiques.

Au fond, une salle d’exposition temporaire, sur des thèmes très variés.
Prendre l’escalator à droite en revenant.

F2 : Avant de rentrer dans le vif du sujet : le Shanghai Ancien, notez en montant, les huisseries d’origine conservées, mais doublées par d’autres, isolation oblige !
Bien-sûr, une partie du patrimoine se trouve dans des réserves ou dans le Shanghai Museum voisin, mais la sélection, la scénographie et les médias employés sont qualitatifs. Vous découvrirez les premières traces humaines dans la province de Shanghai à Qingpu, avec la culture Majiabang et comment son emplacement entre fleuve et mer va développer les échanges et doper son économie naissante.

Elle bénéficiera de la migration des peuples environnants et de terres fertiles pour son agriculture. Une vidéo illustre ses paysages lacustres et le recul de la mer par les dépôts progressifs de limon et de sable, par le fleuve Yangtsé depuis un millénaire (vertèbre de baleine retrouvée dans la terre sablonneuse de Jiading). Le virtuel et les vestiges permettent d’appréhender le quotidien de ces « Shanghaiens » des temps reculés.

Le riz de la culture Majiabang (-5000 -4000 av J.C) a dû dépasser la date de consommation, il est pourtant précieusement conservé !
Les objets découverts dans les sépultures nous permettent de voyager dans le temps, vers la culture Songze (-4000 -3400) : un petit disque bi en jade, est peut-être l’ancêtre de ceux retrouvés dans les cultures postérieures (Liangzhu).
Au milieu de tous ces objets (bijoux, outils, vaisselle), n’oubliez pas d’observer les murs lambrissés et la cheminée, dans un style très britannique.
Plus tard, Shanghai sera le siège de conflits pour la suprématie entre les états Wu, Yue et Chu, dans les périodes des Printemps et Automnes et Royaumes combattants. Une « vidéo à l’encre » montre l’exploitation du sel qui fit la richesse des clans, comme à Xinchang (Pudong) par exemple. Or, argent, ambre, jade et bronze…Shanghai aime déjà le luxe, la mode n’est pas en reste avec cette paire de lunettes articulées (dynastie Ming) ou ces « moules à chignon » en fil d’argent, pour femmes…et pour hommes !
Déjà la filière du coton s’organise pour faire la renommée de Shanghai, sur une terre propice à sa culture. Merci Huang Daopo !

Une célébrité locale : Pan En réussit l’examen impérial le plus élevé (à Beijing) et c’est son second fils Pan Yunduan qui lui fera construire le fameux Yu yuan (1 des 4 plus beaux jardins classiques de Chine).

Par les missionnaires, les 1ers Occidentaux arrivent dans « l’Empire du Milieu » et Xu Guangqi devient le 1er chrétien, converti par son ami le jésuite, Matteo Ricci…les savoirs Est-Ouest grandissent et se mélangent

(cloche fabriquée par l’atelier jésuite de l’orphelinat Tou-Se-We à Xujiahui).

Une « vue sur le Huangpu » depuis le haut de la Danfeng Mansion, quelques pièces de la dynastie Qing comme ce Huangbaoche ou « pousse-pousse » de 1874 et on avance dans le temps en prenant l’escalator...

F3/F4 : Le Shanghai Moderne (7 parties) commence par des temps difficiles.
Au XVIIIe, les guerres de l’opium et les traités qui s’en suivront (le 1er et le plus célèbre : Traité de Nanjing en1842), installent entre autres, les concessions étrangères britannique, américaine et française, à Shanghai.
Chen Huacheng reste pourtant un héros, malgré la bataille de Wusong, perdue contre les Britanniques (voir carte et canon de 3m).

Le splendide mais peu fonctionnel équipement des officiers pourrait-il expliquer cet échec ?

Une carte animée présente la progression des concessions, au fur et à mesure des traités signés au détriment de la Chine. Les Français s’installent en 1849, près de la vieille ville chinoise « Nán shì ».
Des objets « sélectionnés » montrent la toute-puissance des étrangers dans les concessions (police, justice, poste, filière d’exploitation du thé etc.).

On retrouve les capitaines d’industries britanniques, comme William Jardine et James Matheson qui détenaient des compagnies de transport, de coton, de porcelaine, tout comme d’opium.

Shanghai se transforme ! Dans une pièce plus lumineuse, on présente les avancées techniques arrivées très tôt ici : le pousse-pousse (invention japonaise) :1873, la 1ère ligne de chemin de fer entre Shanghai et le port de Wusong : 1878, le téléphone : 1881, la voiture : 1901, l’électricité : 1913 (appuyez sur la sphère pour l’animation correspondante).

Malgré ces apports intellectuels, un tissu industriel et commercial riche, dont bénéficie l’élite chinoise, le peuple souffre et se sent humilié.
Le traité de Versailles ne va pas améliorer sa situation (la province du Shandong passe de l’Allemagne défaite, au Japon). Le « Mouvement du 4 mai » 1919, s’en suivra.
La population ouvrière importante et démunie de Shanghai, est propice aux espérances sociales, issues de l’idéologie communiste et à l’avènement progressif du Parti Communiste, dont le 1er « congrès », se fera en catimini, dans le quartier de Xintiandi, alors dans la Concession française, le 23 juillet 1921.

F4  : Suivront la guerre sino-japonaise, sa bataille de Shanghai et son épisode héroïque, des « 800 Héros  » (dans la réalité plutôt 423 !), dans l’entrepôt de Sihang, le long de la rivière Suzhou, la révolution culturelle (1966-1976), ainsi que « l’âge d’or » et la croissance économique.

Par ces changements politiques, culturels et sociétaux, Shanghai prend son envol…Cet étage est consacré également au savoir-faire et au tissus industriel chinois qui se développent en parallèle de ceux des étrangers. C’est par exemple l’épopée des frères Rong, les « Rois de la farine et du coton » !

Sons immersifs, écrans interactifs, reconstitutions, tout est fait pour nous aider à comprendre et nous approprier cette époque.
On apprend et on se divertit
…une photo de votre visage, puis le choix d’un vêtement d’époque et quelques secondes plus tard, vous apparaitrez sur un grand écran, au milieu des passants de la Nanjing lu…au début du siècle dernier !

L’aile ouest néoclassique, bâtiment parallèle à l’ancien club house, qui contenait l’administration du « Shanghai Race Club », propose une présentation architecturale des deux bâtiments et une boutique.

Le Shanghai History Museum s’adresse davantage aux adolescents et aux adultes, préférez celui sous la Pearl Tower, pour des jeunes enfants, ou une visite des nouveaux arrivants ou invités.

Même enthousiaste, vu la richesse du musée, évitez la saturation, en découvrant toutes les salles en une seule fois. Après « l’histoire ancienne » de Shanghai, revenez une autre fois pour « l’histoire moderne » et sa période révolutionnaire…

Shanghai Museum (上海博物馆).

Adresse : 201 Renmin DaDao/Huangpi Bei Lu, Huangpu District (人民大道201号 近黄陂北路)
Métro : Ligne1, 2 et 8. Station : People Square, sortie 1. Ouvert du mardi au dimanche, de 9h à 17h (dernière admission 16h). Entrée libre (sauf certaines expositions temporaires) sur réservation.
Site : www.shanghaimuseum.net Tel : +86 21 6372 3500.
Wifi gratuit. Audio guide : 20 RMB (mandarin, anglais). Dépliant en anglais au guichet.
Pour audio guide, pièce d’identité nécessaire. Réservation nécessaire via le compte officiel Wechat, depuis la période Covid.

Shanghai Museum est un musée d’art chinois ancien, dont l’architecture reprend la forme d’un antique chaudron de bronze Ding, en combinant des formes hautement symboliques : carrée à sa base (la Terre) et ronde au plafond (le Ciel), selon la vision confucéenne.
Situé face au bâtiment du Gouvernement de Shanghai, il ouvre en 1996 dans cette 3ème localisation, après une histoire bien mouvementée, un chantier de 3 ans et grâce à la passion et protection d’un archéologue, Ma ChengYuan, (馬承源 : 1927–2004).

(crédit photo N. Liang)

Il est divisé en 10 départements sur 4 niveaux : bronzes, sculptures (au RDC), céramiques (au 1er étage), peinture traditionnelle, sceaux, calligraphie (au 2ème étage), jades, monnaies, mobilier des dynasties Ming et Qing, artisanat des minorités ethniques de Chine (au 3ème). Ce fond permanent est complété par des expositions temporaires tout au long de l’année.

Une journée complète serait nécessaire pour le visiter mais préférez bien sûr, la sélection de 2 ou 3 départements par visite (surtout avec des enfants) !
Chacun pourra y trouver des centres d’intérêt, puisque son fond est remarquable, surtout pour les collections de bronze, jade et céramiques. Il est un incontournable dans les circuits touristiques !

La découverte de l’artisanat des minorités ethniques (costumes, bijoux, objets de rituel, accessoires vestimentaires) est tout simplement étonnante, comme ce costume en peau de saumon de l’ethnie des Hezhen du Heilongjiang (la Mandchourie sous la dynastie des Qing) ou cette coiffe en corail et argent Mongol.

Plus loin, la reconstitution de pièces au mobilier Ming puis Qing vous permettront, d’un seul coup d’œil, d’en comprendre plus facilement les différentes caractéristiques.

De multiples services sont proposés et à l’entrée de chaque département, un document (en libre-service) et en anglais, son entrée gratuite permet au plus grand nombre d’accéder à l’art et l’histoire de la Chine sur 4 millénaires et des pièces exceptionnelles feraient du Shanghai Museum, le deuxième plus beau de Chine !

SITE HISTORIQUE

Park Hotel (国际饭店).

(crédit photo : I.Delaby)

Adresse  : 170 Nanjing xi Lu, Huangpu District (人民大道201号 近黄陂北路)
Métro  : Ligne1, 2 et 8. Station : People Square, sortie 9. Entrée libre du petit musée de l’hôtel (sur la mezzanine à l’entrée F2).

Inauguré le 1er décembre 1934, il est une véritable icône de la ville de Shanghai et se situe côté Puxi. Il fut traduit en mandarin par « Guójì Fàndìan » ou « Hôtel International », qui exprimait alors, son aura cosmopolite et le luxe de ses prestations.

De style art déco, il rappelle les buildings des villes historiques de la côte est des Etats-Unis, nous verrons plus tard pourquoi. Il était situé stratégiquement au bord du champ de course hippique, le 3ème et dernier construit dans la ville par les colons britanniques, alors centre de la vie sociale de l’ancienne concession britannique, renommé en 1949, « Place du Peuple ».

Le « Park Hotel » est unique à bien des égards. Il fut pendant 50 ans le point culminant de la ville et le plus haut de Chine et d’Asie jusqu’en 1958, mais aussi le « Point zéro de Shanghai », à partir duquel les distances entre villes sont calculées. Il est finalement le symbole d’une certaine élégance du passé.

À travers tout bâtiment d’un certain prestige, il y a les Hommes qui l’ont construit mais aussi celui qui l’a pensé. Son nom : László Ede Hudec, à la vie de roman que nous présenterons plus loin.

(crédit photos 2, 3 et 4 : S. Jonnier)

Cet hôtel est d’abord un pari, celui de privilégier le concept d’hôtel (qui attirait plus les investisseurs qui seront chinois), à celui de résidence hôtel, pourtant très en vogue.
Il a nécessité des prouesses techniques : Hudec innove ici, en utilisant des pylônes de béton plantés dans le sol pour l’assise (technique allemande), qui fait du Park Hotel, le seul bâtiment du vieux Shanghai comme ceux du Bund, à ne pas s’enfoncer dans le sol meuble, fait de vase.

Il a toutefois copié le concept innovant, de la Cathay House, construite en 1929 (aujourd’hui Fairmont Peace Hotel) du magnat Victor Sassoon, qui rassemblait dans un même espace, hôtel, petit centre d’affaires, centre commercial et restaurants, proposant les principaux services à sa clientèle aisée, augmentant ainsi son propre chiffre d’affaires.

Des personnages importants y ont séjourné : Méi Lánfāng un des chanteurs les plus réputés de l’opéra traditionnel de Beijing, Hú Dié célèbre actrice née en 1908 à Shanghai, Charlie Chaplin, les sœurs Song qui ont pu appeler Mme Roosevelt par téléphone, le 19 mai 1937 etc.

(crédit photos 5,6 et 7 : I.Delaby)
Le Park Hotel en quelques chiffres : 250 chambres, 84 m de hauteur, 22 étages, 4 restaurants (au F2, une partie proposait des spécialités de Guǎngzhōu, l’autre de Běijīng).

Sur la mezzanine au-dessus du RDC, restaurants, petit centre d’affaires et boutiques, mais aussi petit musée (parfois fermé) qui rappelle le faste de l’hôtel et la sophistication des arts de la table, de l’époque. Sur les murs de la mezzanine, une exposition chronologique rappelle en images, les différentes étapes de la vie de László Ede Hudec, de sa création emblématique et de quelques autres réalisations…

F14 : une belle salle de bal et de spectacle au parquet adapté, accueille aujourd’hui des mariages ou conventions, mais par le passé des rencontres importantes notamment pour l’histoire communiste de Shanghai, s’y sont déroulées.

László Ede Hudec, Ladislav Hudec dit Lazlo Hudec est une figure mythique de l’histoire de Shanghai, dont la vie résume à elle-seule le destin dramatique parfois tragique, fait d’espérances, de réussites ou de désillusions, des nombreux migrants qui ont participé à l’histoire du Shanghai, des années 1920-30 voire 40.

Il nait en 1893 à Besztercebánya, dans l’empire austro-hongrois (aujourd’hui en Slovaquie), dans une famille de bâtisseurs qu’il aide dès l’âge de 9 ans, sur les chantiers. Après les formations de maçon, tailleur de pierre et menuisier, il étudie l’architecture à l’université de Budapest, de 1911 à 1914. Il maitrise par son origine, le slovaque, l’allemand et la complexe langue hongroise.

En 1914, il est engagé dans le conflit de la « grande guerre » contre les Russes, est fait prisonnier en juin 1916, puis emmené dans les camps de Sibérie. Deux ans plus tard en 1918, pensant sa dernière heure arriver lors d’un transfert de prisonniers, il tente le tout pour le tout en sautant du train. Il ne sait pas que la 1ère guerre mondiale touche à sa fin et son destin est déjà en route. Il parvient à gagner la frontière chinoise qu’il sait, pas si loin et de là, après quelques périlleuses étapes, rejoint la ville de Shanghai qui ne demande à l’époque ni passeport, ni visa. Ses connaissances professionnelles et linguistiques lui permettent de travailler dans le cabinet d’architecture R. A. Curry, dès novembre 1918.

En 1920, iI perd son père et sa famille ruinée part pour Budapest. Il les rejoint en 1921, puis revient à Shanghai pour assurer le soutien financier de sa famille. Il rencontre la belle Gisela Meyer, fille d’un riche homme d’affaires d’origine allemande et se marie avec elle, l’été 1922. Ils auront 3 enfants (2 fils et 1 fille).
Grâce à son expérience il devient chef de bureau, puis architecte associé du cabinet R.A Curry, mais en 1925 il décide d’ouvrir son propre cabinet d’architecture, inaugurant une longue série de bâtiments de formes aussi diverses que créatives, qui vont définitivement transformer Shanghai.

De 1927 à 1939, il fait de nombreux voyages d’études en Europe et aux Etats-Unis qui vont influencer son style.
Au départ ses réalisations de style néo-classique, adoptent rapidement les codes de l’art déco comme les Appartements Normandie sur l’ancienne avenue Joffre (Huaihai lu aujourd’hui), jusqu’aux lignes droites du modernisme.

Signature de László Ede Hudec (crédit photo S. Jonnier)

Jusqu’en 1941, il concevra, 37 bâtiments : hôpitaux, bureaux, hôtels/ appartements, ambassade, théâtre, églises, clubs, centrale électrique, brasserie et de nombreuses résidences privées pour la plupart encore visibles aujourd’hui.
Il a 30 employés dans son cabinet, dont la moitié était des Chinois.
Il investit personnellement dans l’immobilier et publie ses recherches architecturales et historiques. Après avoir enfin reçu la nationalité hongroise début 1941, il va même assurer des fonctions politiques à Shanghai, comme consul honoraire en 1942 et ouvrira le consulat hongrois en 1943, fermé fin 1944, pour des troubles en Hongrie.
Il garde un statut spécial auprès de sa communauté et protègera ceux d’entre eux de confession juive, persécutés pendant l’occupation japonaise de Shanghai, comme certains lettrés ou politiques de l’époque l’ont fait également (voir https://www.shanghai-accueil.com/CultureS-Shanghai-Septembre-2021).

Après avoir quitté Shanghai et la Chine en 1947 en pleine guerre civile, Hudec vit à Lugano puis à Rome, passionné par les fouilles de la basilique St Pierre.
Il s’installe finalement avec sa famille, à Berkeley où il enseignera sa discipline et transmettra sa passion de l’histoire, à l’Université de Californie.
Il meurt d’une crise cardiaque lors d’un tremblement de terre en 1958.

Shanghai n’a pas oublié le patrimoine architectural qu’elle doit à ce jeune immigré, venu faire sa vie ici, par les bouleversements de la grande Histoire.
Elle honore sa contribution en 2008, en fêtant les 50 ans de sa mort avec ses descendants et restaure l’une de ses maisons au 129 de la Panyu lu, transformée en mémorial.

Pour approfondir la biographie de l’architecte László Ede Hudec qui transforma Shanghai, découvrez cette réalisation très réussie de l’artiste plasticien français, Emmanuel Chantebout :

https://www.youtube.com/watch?v=lqXP_GE_ySI

Pour une meilleure compréhension de la ville, revenez pour visiter sur la même place, le volumineux Shanghai Urban Planning Exhibition Center (上海城市规划展示馆), 100 Renmin Da Dao/Xizang Zhong Lu, ouvert du mardi au dimanche.

À bientôt

Françoise Bourry-Maugein
culture@shanghai-accueil.com